
J'avais à peine remarqué l'initiative comme incongrue lors de son lancement, il y a quelques mois (ou années, maintenant, le temps passe), mais le billet-poème semble peu à peu s'imposer comme une invention qui, contre les apparences, devrait durer.
Pour ceux qui avaient raté cette nouvelle invention de génie, le billet-poème est, comme son nom l'indique, un billet avec un poème dessus ou un poème avec un billet dessous. Le "truc", l'objet, est vendu et disponible dans les librairies qui le diffusent, fourgué dans les écoles comme outil pédagogique, ou commandable à partir d'un bon disponible sur le site du groupe. Pour le moment, nous rappelle une info-pub récente, 15 poèmes ont été édités sous forme de billets poèmes : principalement des poèmes ultra classiques de Verlaine, Hugo, huysmans ou rimbaud (Aube) mais également quelques poèmes dits vivants comme ceux de Sylvestre Clancier ou Mireille Caruso. Chaque poème est habillé par un graphiste et diffusé sur une petite coupure vendue généralement 1 euro.
Si on demande qui peut bien acheter cela, l'initiative qui est enracinée dans un pensum social, environnemental, durable et artistique assez amusant, a le mérite de vouloir faire avancer la diffusion de la poésie dans la société française, ce qui ne pourra jamais être attaqué. Dans les déclarations d'intention du groupe, on trouve notamment cet extrait que d'aucuns trouveront risibles mais qui motive l'entreprise : " L'idée du Billet-poème m'est donc venue de cette réflexion. Le Billet-poème va pouvoir rendre au poème sa liberté en le détachant du recueil. Le poème va reprendre l'autonomie propre à la nature de sa création et de son expérience. Le Billet-poème est une nouvelle création éditoriale dédiée à la poésie, qui doit rendre plus facile l'accès au poème pour le lecteur en allégeant considérablement le «support». Le Billet-poème, en quelques centimètres carrés imprimés recto verso, se doit d'être beau et attachant, à la fois durable et aérien. Il doit pouvoir s'offrir, se passer de main en main, se lire et se relire, s'apprendre, se collectionner, se glisser dans la poche... et pour cela il empruntera au Billet de Banque la qualité inégalée de son papier monnaie. Il sera alors aussi un clin d'oeil malicieux, mettant en perspective la valeur des mots versus la valeur de l'argent."
Il y en a qui n'ont pas fumé que des cigarettes, mais bon. Tout est à prendre lorsqu'il s'agit de poésie. On aurait tout aussi bien pu dire que le poème diffusé sous un format de billet de banque subvertissait l'utilisation strictement commerciale du papier monnaie. Mais le positionnement branché de l'initiative ne saute pas aux yeux, ce qui est à mettre au crédit de ses concepteurs. A regarder les billets affichés dans la galerie actuelle, on se dit que le cadeau n'est pas si sot que ça, pour préparer un rendez-vous amoureux, pour échanger avec les amis à la récré ou pour se détendre. L'idée du poème à poème contre le recueil n'est pas mauvaise, même si on sent que la collection de billets-poème n'est pas prête de rivaliser avec les Panini, les vieux Pokémon et autres gadgetteries du genre. Seul bémol mais de taille à regarder ce qui a été publié : les graphismes nous paraissent un peu moche. Le papier est sympa mais il faut avouer que les billets de banque ont une autre allure. Pour le reste, on peut aussi se rouler des cigarettes dans des billets poèmes ce qui a une certaine allure.