5 bonnes raisons de lire le dernier Dantec… pour de vrai Satellite Sisters

31/08/2012 - 11h03
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Ce n’est pas parce que les girouettes se sont éprises du dernier Maurice Dantec, Satellite Sisters, après avoir bêtement snobé ses précédentes œuvres qu’on n’a pas le droit d’en dire du bien. La preuve.

Les médias adorent déterrer des idoles et orchestrer des comebacks de types qu’ils ont pu eux-mêmes enterrer en leur temps. Le grand marché des hauts et des bas se nourrit, en musique, boxe et en littérature des cotes et des décotes qu’il autoproclame, validant, par des moyens si peu conscients de leur propre agencement qu’il qualifiera ensuite comme surprises ou résurrections inattendues, ses propres redécouvertes. Ce mécanisme du "je t’enterre, je te déterre" étant lui-même un généreux (et sinusoïdal) générateur de profit, il n’y a pas grand monde pour s’en plaindre. Certains y gagnent des ceintures dorées, des millions ou des best-sellers venus d’ailleurs.

Avec le succès engagé depuis une semaine du dernier roman de Maurice Dantec, Satellite Sisters, on est en plein là-dedans. Il n’y avait pas grand monde qui se bousculait pour défendre ses Théâtres des Opérations et encore moins de monde au portillon pour faire l’article sur des romans pourtant passionnants comme Grande Jonction ou Artefact. Dantec, exilé à Montréal depuis un bail, était devenu à force de missiles à retardement et de réclusion volontaire un sujet d’évitement et d’embarras pour la communauté critique. Vendeur de livres, certes, mais aussi écrivain non grata pour beaucoup qui, par facilité, ne le lisaient plus ou mal, le reléguant dans une sous-pente de l’union des charlatans (dangereux et sectaires) internationaux. Jusqu’au jour où, on décida qu’il fallait faire remonter sa cote pour le bien du genre. Satellite Sisters est, pour le commun et les "marketeux", l’histoire de ce livre là : celui de la reconquista et de la redécouverte. On ne peut que s’en réjouir (youpi) mais aussi ne pas être dupe du retour de flamme. Si on a lu Satellite Sisters et qu’on le recommande, ce n’est pas tant pour faire joli ou suivre le mouvement que parce qu’on a lu ce livre-ci après les autres. Petit tour d’horizon de ce qu’il faut savoir.


SS est un all star book

Il n’y a pas 36 écrivains français qui peuvent s’amuser à reprendre leurs héros d’hier et leur donner de nouvelles aventures. Brett Easton Ellis, sur le marché américain, peut se payer ça. Les héritiers de Bram Stoker ont fait aussi mumuse avec le concept. Dantec a une mythologie maison qu’il a établie depuis 20 ans et qui vaut bien une famille de super-héros. SS ressemble à un all star game de son œuvre, une réunion de vieux (et jeunes) héros qui viennent de nouveau croiser le fer, pour nous offrir une dernière aventure. Toorop est aux avants postes, comme toujours, et le plus solide du lot : incroyable et magnifique dans son personnage assagi et vieillissant. Il vaut 1000 fois mieux que les jumelles Zorn, qui ne nous ont jamais beaucoup plu : trop froides et puissantes. Trop belles pour nous. Darquandier et les autres font l’appoint. C’est comme une grande réunion de famille chez Alan Moore, une sauterie infernale où on prend les mêmes et on ne recommence rien du tout. Les articles qui vous vendent la suite de Babylon Babies n’ont rien compris. SS se lit comme un livre indépendant. Les personnages sont justes des noms d’anciens types connus "sous le nom de", du genre de Prince et ses surnoms. C’est ce qui est bien ici : Dantec fait table rase et garde les pieds qui marchent tout seul. Les personnages sont comme des canards sans tête qui font exactement ce qu’ils sont, ce qui n’est pas donné à n’importe quel personnage de roman.


SS est un livre de Dantec

Tout le monde met en avant le "grand retour de Dantec" comme si le type était allé pisser pendant 13 ans et n’avait rien fait de bien depuis des lustres. Si son Jazzman avait ses faiblesses, difficile de tirer un trait sur Artefact et Grande Jonction qui valent au moins aussi bien que Satellite Sisters. La production du jour aurait été initiée pour la petite histoire il y a plus de dix ans et produit cet effet troublant d’être une œuvre sûrement pensée par Dantec Le Jeune mais écrite par Dantec 3.0. Cela sent dans la langue : celle-ci ne s’est pas empâtée mais a gagné en poésie. L’action est omniprésente mais vue comme à travers la lunette de l’âge, dans une immersion anti-totale et d’où la perspective est bousillée par une sorte de distorsion entre la vue et le sens, le mouvement et la cible. L’alchimie de Dantec repose sûrement en partie sur ce grand écart : l’écrivain n’écrit jamais mieux que quand il fait son western en s’intéressant, en réalité, à tout autre chose : l’épopée ou la destination finale. Les héros sont en fuite et s’arrêtent de temps à autre, comme des personnages de jeux vidéo, pour exécuter un colosse aux pieds d’argile, en larguant une partie d’eux-mêmes. Satellite Sisters est une opération délestage à grande échelle, pas un livre où Dantec renoue avec son passé mais un livre où il s’en débarrasse. La notion du temps, qui était une variable cruciale sur Artefact et Villa Vortex, est ici complètement sabordée et irréelle. Le livre se déroule à tombeau ouvert, comme dirigé vers sa seule fin qui est de fracasser l’humanité finissante (ou débutante) sur un mur d’étoiles. Comme un livre de Dantec, le meilleur côtoie le pire avec quelques décrochés grammaticaux ou stylistiques qui sont rattrapés in extremis par des visions séquences hallucinantes et immédiatement sensorielles. Dantec est Dantec depuis toujours mais son écriture a muté autour de 2003 pour devenir une curiosité et une sorte de boîte à rythmes vertigineuses. A son échelle de petit titan, Dantec fait son Finnegans Wake et joue à claquer des sons et des cinèmes plutôt qu’à monter des phrases en épingle. Satellite Sisters est comme ses précédents livres un roman où on accepte ce qu’on ne fait d’aucun autre : dériver, monter, descendre, exploser ou lambiner. A l’échelle française, Dantec est l’un des rares auteurs qui, littéralement, met le lecteur dans tous ses états.  


SS est un livre qui élève le lecteur

Il y a cette vieille école qui voulait que l’art élève les masses. Dantec est un des rares écrivains qui produit encore cet effet. Ses polars n’ont jamais fait autre chose. Ce n’est pas une affaire de suspense ou de construction dramatique, encore que Satellite Sisters puisse rivaliser aisément avec The Expendables 2 dans ce genre là, avec ses scènes de castagne et ses changements de niveaux. A l’image du mouvement ascendant de ses personnages (de la Terre à la Lune, etc.), le livre agit comme un ascenseur pour le lecteur qu’il va spirituellement élever au fil des scènes épiques, jusqu’à l’inviter à quitter sa propre conscience et son propre corps. Bizarrement, et si elles sont dès le départ des personnages littérairement désincarnés, les jumelles Zorn sont celles dont on se sent le double inconscient et avec lesquelles on re-rentre et re-sort du dispositif héroïque joué par les autres personnages. Depuis Grande Jonction et la Sirène Rouge, jamais Dantec n’avait autant travaillé sur la linéarité du récit mais en l’upgradant littéralement par des effets push up (sans testostérone) qui adjoignent de l’effet spécial spirituel aux effets pyrotechniques du récit. Sans surprise, SS fonctionne lui-même comme une fusée intergalactique avec à chaque fois un mélange de poudre (et de pétarades) et d’intelligence. C’est ce combustible commun qui fait s’élever le roman au fur et à mesure que le mouvement s’empare des personnages, en un joli parallèle.  


SS est un livre politique

On n’avait fait cette remarque en parlant récemment des néo-conservateurs de la SF américaine. Si on ne partage pas toujours les analyses de Dantec, Spinrad et Silverberg, elles ont la force et l’éclat pour eux. Avec SS (et à égalité avec Zagdanski et son Chaos Brûlant), Dantec signe le roman le plus politique de la rentrée. Ses lecteurs assidus seront assez surpris de voir à quelle vitesse l’écrivain a laissé de côté ses anciennes positions (les blocs culturels) pour retourner à ses premières amours géopolitiques. Ici, la grande affaire, c’est la connexion entre l’ONU, pensée comme une sorte de Gentil Organisateur déshumanisant, une sorte de bureaucratie embaumée et conservatrice, Gendarme nietzschéen aux contours incertains (car manipulés par d’autres intérêts) et le capitalisme des premiers jours. L’efficacité de Dantec tient dans ses raccourcis. On aurait 1000 objections à faire à ce qu’il raconte. La plus consistante est que l’ONU ne fonctionne pas comme cela et n’a jamais eu cette consistance. La géopolitique est un terrain mouvant où seuls comptent les rapports de force. Faire de l’ONU un acteur aussi décidé et finalement volontaire (dans la prudence et la coercition) apparaît curieux. Deuxio, SS glorifie, comme dans un John Ford des familles, les pionniers et ceux qui font décoller l’humanité. Dantec n’est pas dupe de leurs motivations mais il y a une telle facilité majestueuse chez Richard Branson, ici, qu’on ne peut s’empêcher de croire que Dantec en pince pour lui. Là encore, il appartient à qui veut de faire le lien entre héroïsme, capitanat d’industrie à l’ancienne et esprit pionnier. D’aucuns qualifieront cela d’analyse néo-libérale. On dira que SS fonctionne quelque peu à la steam-économie, ce qui n’est pas un mal lorsqu’on s’en tient au roman. La lecture politique du monde est ici au service du projet littéraire. On lui a rarement demandé autre chose. La description des luttes entre les pionniers de l’espace est en revanche un modèle de littérature économique qui met à des dizaines de miles galactiques la Théorie de L’Information dont on nous rabat les oreilles ces temps-ci. Voici l’économie en acte et c’est de la politique.  


SS est un livre sur le temps qui passe

 L’un des paradoxes du livre est qu’il s’appuie sur une chronologie romanesque assez foireuse tout en laissant tourner en creux une sorte d’horloge interne qui en constitue le joyau caché. Si l’on s’en tient à la chronologie des faits romanesques, il y a quelques trucs qui ne fonctionnent pas bien et qui vont bien trop vite par rapport à la réalité. Les fugitifs passent ainsi sur quelques pages de la terre à l’espace, alors qu’on peut imaginer que de tels voyages au stade où on en est prendraient (en terme d’organisation) au minimum quelques semaines, voire mois. Mais peu importe. Ce qui compte chez Dantec, c’est le countdown intérieur des personnages et cette impression permanente (et protestante !) qu’ils sont là pour quelque chose et n’y seront plus ensuite. Les jumelles Zorn cristallisent cette nécessité/fatalité qui loin d’accabler les caractères les constitue. Le meilleur exemple de ce rapport au temps est Toorop qui, à 70 ans ici, ne peut techniquement pas faire ce qu’il fait mais qui le fait parce qu’il est qui il est et a été conçu (littéralement) pour ça. On pourrait parler de l’Ile intelligente, l’une des belles trouvailles du début, même si pas la plus comestible pour (re)démarrer mais c’est encore Toorop qui nous intéresse. Son personnage est traité d’une manière parfaite et dans un permanent souci d’économiser ses ressources. Aucun personnage ne dépasse sa propre limite, son propre statut, ce que Dantec appelle sa propre narration. Il y a là un tour de force d’écrivain qui est de tenir ses personnages par une bride invisible sans entraver jamais leur humanité et leur liberté. Sans trop en dire, on ne peut cacher qu’un des moments forts du livre est la mort du mercenaire. C’est un immense moment pour tous les lecteurs de Dantec et un truc qui intervient exactement comme il doit intervenir. Toorop ne meurt pas comme Rambo, il ne meurt pas comme un chevalier. Il meurt comme il doit mourir, mais on n’en dira pas plus. Le rapport du livre à son horloge épique est l’une des clés du succès de SS. Il y a du roman médiéval là-dedans (la double horloge terrestre et céleste) et paradoxalement un refus de la scansion hollywoodienne permanente qui expliquait peut-être déjà le fiasco de Babylon AD au cinéma.

Par Benjamin Berton
COMMENTAIRES
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apparemment maurice dantec est en conflit avec son ex agent david "kersan" Serra et sa maison d'editions ;il y a eu procès ;vivement Dantec sur les Tv francaises.
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Anonyme | le 03/09/2012 à 12h44 | Signaler un abus
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MESSAGE SUR CE SUJET GLANé sur un forum : Fan de M.Dantec depuis bientôt 15 ans, ayant dévoré la majeure partie de ses oeuvres, je m’étais rapproché d’une association de lecteurs il y a quelques années. J’ai eu le plaisir moi aussi de travailler gratuitement pour le président d’honneur de cette institution : M.Kersan en personne. La personnalité délétère, narcissique, mais surtout l’incompétence de cet homme m’ont frappé. En effet, spécialiste de « je critique tout mais je ne fais rien », M.Kersan a « démonté » un à un les membres actifs de la Communauté, a profité de nos travaux et de nos investissement, mais aussi d’une certaines manière de notre argent. Cerise sur le gâteau, émettre une opinion sur sa personne vous gagnait le droit de vous faire insulter et menacer de représailles physiques. » et toi [...], pauvre étron, croise moi sur Paris une fois, une seule fois, tu verras ce que je fais aux mecs qui me traitent de pourriture » « Crois moi, torche cul, je ne t’oublierai pas de sitôt. » – Charmants mots du président d’honneur pour ma personne Bien sûr que je te traite de pourriture cher ami, et aujourd’hui la vérité éclate… Je suis bien désolé pour les victimes des machinations et de la personnalité dangereuse de M.Kersan, vous avez toute ma sympathie, M.Dantec, vous le premier. DARQUANDIER fin du message
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Anonyme | le 05/09/2012 à 11h19 | Signaler un abus
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MAURICE DANTEC s'explique a propos de la sortie de son dernier roman http://gonzai.com/maurice-g-dantec-entre-fiction-et-simulacres/
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Anonyme | le 04/09/2012 à 11h52 | Signaler un abus
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J'espère que Maurice DANTEC sera invité à "Ce soir ou jamais" ou à "Zemmour et naulleau"
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Anonyme | le 03/09/2012 à 12h47 | Signaler un abus
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Quel bel article ! Il est lui-même un texte littéraire - comme l'est la critique quand elle est au meilleur d'elle-même.
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Anonyme | le 31/08/2012 à 21h34 | Signaler un abus
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Excellent papier, argumenté, limpide et tranchant, qui sait mettre en lumière les formidables qualités du bouquin
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Anonyme | le 31/08/2012 à 13h10 | Signaler un abus
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Tout cela est bel et bon. Petit probleme:Dantec devient illisible, lourd, et confus depuis plusieurs années, diarrhée scripturale émaillée de pages certes superbes mais noyées dans un fatras à la longue épuisant et vain. Quel dommage... Il gagnerait je crois à se relire, construire et elaguer, plutôt que de supposer génial tout ce qui tombe de sa plume.
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Anonyme | le 04/12/2012 à 02h04 | Signaler un abus
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N'y a-t-il que moi qui soit gêné par la révélation de la mort de Toorop? Putain on se doute bien qu'il va pas crever dans son lit et qu'à 70 piges il passera pas l'hiver, mais ça vous aurait fait mal de nous laisser ce petit plaisir, découvrir ça par nous même? C'est pas sympa, et ça sert pas particulièrement le propos, je trouve.
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Anonyme | le 28/09/2012 à 16h00 | Signaler un abus
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Terminé mercredi soir, LE chef d’œuvre de Dantec.
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Anonyme | le 31/08/2012 à 17h43 | Signaler un abus
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