Nick Mc Donell : petit garçon trop doué

10/02/2012 - 09h09
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L'auteur
Benjamin Berton

     

     

     

     

     

     

     

    Nick Mc Donell est un écrivain né avec un stylo doré dans la bouche. Né à Manhattan, fils d'une écrivain et d'un père rédacteur en chef de Sports Illustrated, plutôt beau gosse et étudiant international friqué, l'homme d'aujourd'hui 28 ans s'est fait remarquer en 2002 (il avait alors 17 ans) par un premier roman à succès, Twelve, traduit en plus de 20 langues et adapté au cinéma par Joel Schumacher (ok, la chance a ses bizarreries). Loué pour sa précocité, comparé sur ce premier essai (drogue, désespoir et violence chez les bourges de Manhattan) à l'inégalable et inégalé Brett Easton Ellis, Nick Mc Donell avait tout du pétard mouillé sauf qu'il a continué à surprendre jusqu'à aujourd'hui, avec deux autres romans plutôt bien foutus et une novella (mini-roman), Guerre à Harvard, dont il est question aujourd'hui. Le livre, publié chez Flammarion, ne fait pas tout à fait 100 pages (mais 12 euros tout de même) et s'inscrit comme un jalon intéressant dans la transformation du jeune richard en citoyen du monde et écrivain flottant du monde occidental. A vrai dire, si Brett Easton Ellis n'était pas devenu ce qu'il est devenu et n'avait pas continué à être génial, il est possible qu'il ait pu, comme Mc Donell sur ce coup là, devenir ce petit documentaliste décentré des classes supérieures. Au lieu de ça, on le sait, Ellis est devenu un écrivain fantastique, un écrivain dont le réalisme ne dépassait pas la première couche de description. Dans Guerre à Harvard, Mc Donell situe l'action en 2006, alors que va démarrer la seconde ( ?) guerre en Irak. Le jeune homme étudie à Harvard et démarre, sur un ton étrangement désabusé, une description plutôt amusante de la vie étudiante façon Ellis : histoire de fêtes, description des graffitis dans les toilettes, la salle de gym avec ses tapis roulants et ses vélos elliptiques hors de prix,... On est en territoire connu tout du long, plutôt installé confortablement quand l'irruption du conflit irakien (par l'intermédiaire de la télévision) vient nous expliquer pourquoi la narration est si fantomatique. La vie étudiante décrite par Mc Donell est contaminée par la guerre qui sévit à des milliers de kilomètres de là. Il y a comme une irruption de gravité avec l'apparition de sujets sérieux (fallait-il prendre Falloujah ?) qui s'intercalent littéralement entre deux badinages. Des types qui apparaissent un peu farfelus interrompent leurs études pour s'engager et il semble que le narrateur (qui connaît l'inventeur de facebook) reste seul comme un con à regarder ce petit théâtre d'ombres qui représente à merveille l'Amérique dirigeante. Peut-on sentir la guerre ? Peut-on sentir le monde quand on se tient si loin de lui par son âge, son insouciance et surtout par sa position sociale ? A Harvard, et c'est tout ce qui fait la richesse du livre, le rapport au monde est faussé par la position de domination et de supériorité qui est promise aux étudiants. Alors que l'étudiant en DEUG de Lettres moderne de Limoges V (s'il existe) a moins de responsabilité, il est probable que l'étudiant de Harvard est génétiquement promis à faire un jour un pas en avant dans ce tumulte et à marquer ses positions. On retrouve chez Mc Donell ce début de conscience et cette absence d'implication morale qui caractérise parfois le style d'Ellis. L'ensemble est moins percutant, volontairement retenu ici mais remarquable de précision et de touché. Mc Donell a ses propres obsessions comme la CIA intéressée par Facebook ici et qui traîne dans les locaux.

     

    Guerre à Harvard est un petit roman bizarre, à la fois décevant parce qu'on n'en comprend les ressorts techniques et le terreau biographique, mais aussi intelligent et sociologiquement fascinant. On pourrait faire un procès politique à Mc Donell pour ses ascendances et son talent mais il ne tiendrait pas. Il y a chez lui un petit truc en plus (qui est en réalité un truc en moins, comme toujours) qui nous amène à reconnaître encore une fois qu'on peut être un petit garçon riche et mériter un peu de considération. 

     

     

    Dans cette interview de Nick Mc Donell, est mis en évidence l'un de ses problèmes majeurs : les journalistes filles veulent coucher avec lui.

     

    Par Benjamin Berton
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