
Révélé en 1988 par son premier roman, , Michael Chabon est un (jeune) prodige de 46 ans, dont on peut lire désormais lire , récemment traduit en français aux éditions Robert Laffont. Depuis l'expérience décevante de , chronique doylienne un rien fumeuse et exagérément ampoulée par l'auteur, on pouvait se méfier un tantinet de Michael Chabon, à qui certains reprochent depuis quelques années maintenant de trop en faire. Avec ses allures de golden boy tendance Midas, Chabon s'est attiré beaucoup d'inimitiés. Ses constructions romanesques sont subtiles, limite précieuses, référencées dans un champ culturel que beaucoup ne partagent pas (l'intelligence et l'humour juifs pour dire les choses) et sont parfois taxées de roublardise. L'esprit pop qui guide ses compositions est critiqué, de même que sa manière d'utiliser du vocabulaire savant, bizarroïde pour créer des effets littéraires spécieux. Sans être mis au procès comme a pu l'être mark danielewski, Chabon est soupçonné d'être trop bon pour être honnête et finalement un peu falot, une sorte de Marc Lévy du roman indépendant si l'on peut dire. Les méchants sceptiques sont allés jusqu'à lui coller une étiquette d'écrivain gay, ce qui ajouté à sa judéité affirmée, ferait beaucoup pour un seul homme américain, au motif que les relations entre les personnages masculins de ses romans sont ambiguës. Chabon a répliqué en disant qu'il avait effectivement eu par le passé ce type d'expériences. Sur son oeuvre, pourtant, il faut avouer que Chabon n'a pas fait beaucoup de faux pas. Ses sont impeccables, ses le sont aussi et les Mystères de Pittsburgh... mystérieux. Son Club des policiers yiddish a l'air appétissant sur le papier, cocasse, humoristique, intelligent comme le sont les romans de Flann O'Brien, ce romancier culte irlandais auteur entre autres choses du Troisième Policier ou de Swim Two Birds. Chabon est un auteur à suivre, pas encore les yeux fermés, mais un prodige à surveiller dont le seul pêché est peut-être d'écrire des livres trop intelligents pour ses lecteurs. C'est un autre débat, mais les constructions trop solides ont, en littérature, des défauts que n'ont pas parfois les édifices branlants. Ce qui menace Chabon, c'est un art dont la vie et la modestie seraient absents. Trop brillant pour être honnête, on disait.... La vidéo (hideuse) est adaptée du génial roman de Chabon, Les Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay. Lire aussi :La chronique de La Solution finaleLa chronique de McSweeney's, édition de Michael Chabon