Mazarine Pingeot et ses sujets tabous : C'est celui qui le dit qui y est (25)

05/04/2010 - 10h37
  • 0
Mazarine Pingeot et ses sujets tabous : C'est celui qui le dit qui y est (25)

Apparue sur la scène publique dans les conditions surnaturelles qu'on connaît, Mazarine Pingeot s'est imposée au fil des romans et des apparitions télévisuelles comme l'une des figures (employons le terme, faute de mieux) de la littérature française. Après et , surtout, qu'elle avait librement composé d'après le fait divers des bébés congelés et de l'affaire Courjault, Mazarine Pingeot se fait fort à nouveau avec ce roman (qu'on a pas lu, dieu nous en garde) d'explorer une nouvelle fois les tabous qui composent le délicat équilibre de nos sociétés civilisées. Cette fois, et en partant d'assez loin, l'écrivain normalienne entend s'attaquer à l'inceste frère-soeur, thème casse-gueule s'il en est, et qu'elle monte comme une énième cathédrale de souffrance, de traumas familiaux et d'épanchements psychotiques.

 

Comme il ne faut pas faire simple en ces questions, et puisque l'heure est aux excursions exotiques, Mara se déroule pour partie en terre étrangère, en Algérie, d'où la mère de l'héroïne éponyme est originaire (d'après ce qu'on a compris), et où cette dernière (l'héroïne donc) est retrouvé dans le coma, enlacée avec un jeune homme super beau, super riche et super capitaine d'industrie (une sorte de Largo Winch XIII tout droit venu des années 80 triomphantes). Un quidam, sidekick du cru, Hicham, et lieutenant du beau gosse, entreprend de la sauver et d'explorer avec elle ce qui a amené au désastre. Le roman retrace comment une jeune top modèle (le monde en est truffé de nos jours) et un beau gosse ont pu se bousiller à ce point dans une histoire d'amour tragique comme la littérature sait les concevoir. Mara et son copain sont en effet un frère et une soeur, séparés de longue date, et rattrapés par une sorte de coup de foudre inexorable. Sic.

 

Par delà l'intrigue et le livre lui-même (on suppose qu'il se lit), la vidéo de promotion de Mara est une bonne occasion de se pencher sur cette tendance de la littérature française à surjouer les traumas familiaux et à s'engouffrer dans des thématiques qui n'ont aucune sorte d'intérêt et de crédibilité sociologique. Si l'on peut écrire sur tout et si tout a en soi un intérêt, le roman de Mazarine Pingeot témoigne d'une vraie capacité à se compliquer l'existence (qui cela intéresse-t-il ?) et à broder sans fin sur des motifs dont un traitement mi-psychologique, mi-journalistique nous aurait bien suffi. L'écriture de Mazarine Pingeot, dont on peut avoir quelques échantillons dans ce mini film, témoigne à elle seule de cette ambition de faire compliqué et intelligent, voire un peu sensation, avec du toc et un schéma qui relève plus du laboratoire d'un magazine féminin sensationnel que de la littérature. Si l'exploration des tabous a un intérêt, ce n'est souvent pas en littérature en tant que tel mais bien parce que le ressort du tabou alimente une dynamique littéraire qui ici a toutes les chances de relever du tic et de produire au final des lignes et des lignes d'interrogation pseudo-existentielles, de dialogues cérébraux et dont le seul effet, comme dans un mauvais téléfilm américain, est d'aboutir à des points (passages obligés) de saturation dramatique qui déclenchent des événements moteurs.

 

On peut se caler sur Faulkner, par exemple, et même si la comparaison n'est pas du jeu, pour avoir su mettre en scène une lignée noyautée par le dépassement des tabous sans que celui-ci soit positionné réellement au coeur du dispositif. Zola, à sa façon, et lorsqu'il explorait les ravages de l'hérédité (alcoolique, notamment) sur les êtres, faisait cela avec de gros sabots mais des sabots qui ne servaient pas comme des métronomes obsessionnels à piétiner un terrain trop attendu ou uniquement psychologisant. Le territoire social (industriel chez Zola, rural pour Faulkner) pouvait offrir un terrain de bataille alternatif moins prévisible que des paysages achetés pour Promovacances. Pingeot agit de cette manière comme une petite défonceuse de portes ouvertes, une illustratrice romanesque pour débat télévisé, plateaux culturels et finalement assez peu comme une romancière à part entière, capable de voir plus loin que ce qu'elle entendait mettre en place. Avec Mara, on a toutes les chances d'en avoir juste pour son argent, d'obtenir ce pour quoi on a craqué (la couverture, le résumé, le thème) et guère plus.

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • rap gay Rap et homosexualité : le début du coming out ?