J'ai beau réécouter et reregarder cette vidéo en boucle, je n'arrive toujours pas à en saisir entièrement le sens. On a parfois peur, lorsqu'on attaque la lecture d'un livre de ne pas être à la hauteur de son ambition : trop bête, trop ras des pâquerettes ou trop obnubilé par les basses contingences (l'intrigue, les personnages, les rebondissements) pour comprendre ce qui est à comprendre. On peut ainsi se sentir trop petit pour des monuments de la littérature comme l'oeuvre de marcel proust (en général), des romans comme de William Gass, ce genre de choses mais aussi, pour cette même raison, passer à côté de miniatures tout aussi intrigantes ou exigeantes. Si l'on considère que l'auteur a raison d'écrire ce qu'il écrit (pourquoi l'écrirait-il sinon?), de dire ce qu'il dit, c'est que le lecteur a toujours tort. Au lieu de critiquer, il doit prendre sa part dans l'échec de sa propre lecture et, s'il n'est pas content, changer tout simplement de livre, d'auteur ou de cerveau. Si l'on retourne à cette déclaration incroyablement intelligente de Marc Lévy mais finalement si peu intelligible (pour un con d'auditeur comme nous, ne nous méprenons pas), c'est qu'il ne faut pas confondre lorsqu'il s'agit de lire ou d'écouter : intelligence et lecture. Il y a des auteurs intelligents qui écrivent des livres cons, des livres cons qui ont des auteurs cons et des livres intelligents qui sont écrits par des cons. Sûrement aussi des livres intelligents écrits par des gens intelligents, mais peu importe puisqu'il y a probablement plus de gens intelligents que de livres qui le sont. De la même façon, des lecteurs stupides aiment des livres stupides (c'est le cas le plus simple) mais des lecteurs intelligents peuvent aimer des livres cons (pour des raisons intelligentes ou très connes) comme des lecteurs idiots aimer des livres moins bêtes et choisir de le rester (con) ou non. Lorsqu'un écrivain s'exprime sur un livre en dehors d'une lecture, ce n'est souvent pas, contrairement à ce qu'on croit, le livre qui parle mais son auteur. A ce stade, il doit être clair que les deux n'ont rien à voir et ne peuvent pas vous apprendre grand chose l'un sur l'autre. ne vous disent pas grand chose sur Marc Lévy et Marc Lévy pas grand chose non plus de ce que vous ressentirez lorsque vous lirez son livre. Du coup (et on revient en arrière), il n'y a pas de salut pour le lecteur qui ne peut pas écouter grand monde pour se faire une opinion et est obligé de se lancer à peu près seul dans un dialogue (de sourd) avec le livre qu'il choisit. La critique qui suit souvent sa propre logique n'est pas toujours de bon conseil, ce qui fait qu'on est bien avancé. Tout ça pour ça, donc ? Bah oui, il faut parfois pas mal de temps pour un aller-retour en évidence, surtout si on ne veut dire du mal de personne.