La portée érotique de la lecture vaut-elle seulement pour les femmes ?

11/06/2010 - 10h09
  • 0
La portée érotique de la lecture vaut-elle seulement pour les femmes ?

The Reader - Parodie

Ceux qui ont aimé il y a quelques mois le film The Reader mettant en scène la jolie (bien qu'à géométrie variable) Kate Winslet ont dû se dire comme moi que décidément, il devait y avoir un sacré truc entre la lecture et le sexe.

 

Pourquoi est-ce que le cinéma (La Lectrice de Michel Deville, Nelly et Mr. Arnaud de Claude Sautet), la littérature (de Diderot à Laclos, en passant par Sade et tous les écrivains érotiques depuis la création ou presque), et d'autres arts (la peinture et ses liseuses aux visages d'anges) ont-ils régulièrement mis en scène des nanas en train de bouquiner (à ma connaissance aucun homme ne s'est illustré dans ce domaine) comme substitut ou passerelle vers le désir le plus sensuel et sauvage ? Dans quelle mesure est-ce que cette mise en scène érotique a elle-même été à l'origine d'une spécialisation sexuelle de la lecture qui, on l'a dit des dizaines de fois, est aujourd'hui devenue un art aussi féminin que l'art des geishas ou la composition florale ?

 

Bizarrerie du désir et de l'imaginaire : l'érotisme n'est souvent rattaché au désir (hors masturbation s'entend) que par la force de la lecture faite à quelqu'un, situation plutôt rare dans les faits et qui majoritairement ne s'exprime qu'en direction de personnages peu sexués : on lit des histoires à ses gamins, on lit le journal ou un roman à une vieille tante/grand-mère moribonde, plus rarement à son amie ou à sa maîtresse. Si la lecture est érotique, c'est parce qu'elle prend, dans notre contexte, une portée exotique.Critère n°1. Si la lecture excite les sens, c'est parce qu'elle entretient avec le coït sublimé, un caractère essentiel : la capacité à allonger le temps et donc l'acte lui-même, le moment de la jouissance. Le phénomène saute évidemment aux yeux dans The Reader, un peu moins dans : on lit/écrit pour ne pas venir/jouir trop tôt ou en attendant de pouvoir s'y remettre. Critère n°2. La lecture est un bon préliminaire, voire une manière de ne pas aller jusqu'au bout (de l'acte, de la mort, des 1001 nuits). Si l'on s'en tient là, on ne voit guère qu'un dernier critère pour compléter le tout : celui de la posture du lecteur, chien de fusil sur canapé, assis, à la baignade ou au lit, la lecture est un acte intime dont la mise en place physique s'accompagne d'une contorsion des membres (inférieurs surtout) qui peut inviter à l'érotisme. Pas étonnant, dans ce cas, que les femmes soient privilégiées. La femme assise dévoile plus que l'homme, la femme assise expose son popotin et ses attributs. Ce n'est pas que moi mais Jared Diamond qui le dit. On prend acte. Critère n°3. Si l'on veut s'amuser, on ajoutera sur le plan lexical, la notion d'effeuillage propre aux 2 activités et on y sera complètement.

 

Il faut bien reconnaître que cette approche conduit paradoxalement (seul le 3ème critère est sexué) et dans le monde réel, à faire de la femme qui lit un objet sexy, tandis que l'homme qui lit (quoi au demeurant ? France Foot ?) ne dégage pas la même sensualité. Je connais assez peu de femmes qui aiment voir leur homme en train de lire. Mike Delfino fait de la plomberie et n'a rien d'un poète. La piste est peut-être à chercher dans la notion d'accessoire qui est par principe associée à la séduction féminine. Accessoire lingerie, bijou, accessoire ruban, le livre a la même fonction et s'interpose mécaniquement à l'expression trop violente (et rapide) du désir de l'homme. Si l'érotisme attaché à la lecture s'exprime uniquement de l'homme vers la femme, c'est parce que l'homme préfère se consommer à poil et la femme démarrer en tenue. L'explication est sûrement incomplète (on y ajouterait bien une question de domination historique) mais on n'en voit pas d'autre pour le moment. Quoi qu'il en soit, et pour courir vite à notre conclusion sans intérêt : il y a bien un rapport exclusivement féminin de l'érotique à la lecture. Ce rapport est puissant, attaché autant au média (le livre en tant qu'objet), à sa forme (le regard, les doigts sur le papier) qu'à sa consommation dramaturgique. Tant que le désir nécessitera un entretien, on peut supposer que la lecture perdurera. 

 

Question à droite : est-ce que ça marche aussi avec l'iPad ou le kindle ? Sûrement, si l'on considère qu'on ne perd pas les critères en route.  Voir aussi :Si tu lis ça, je couche pasDiaporama : les livres dans la peinture, de Vermeer à Botero

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • rap gay Rap et homosexualité : le début du coming out ?