La morale d'Ayn Rand : C'est celui qui le dit qui y est (19)

22/12/2008 - 11h25
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La morale d'Ayn Rand : C'est celui qui le dit qui y est (19)

Totalement inconnue en France, l'oeuvre de l'écrivain américaine d'origine russe Ayn Rand a bénéficié d'une reconnaissance et d'une aura incroyable dans son pays d'adoption. Ses livres, des romans comme  (The Fountainhead) et la Révolte d'Atlas (Atlas Shrugged), ont eu un écho extraordinaire dans les milieux intellectuels, convertissant des milliers de personnes à sa philosophie si particulière : l'objectivisme. Parmi ses adeptes les plus fameux (on a souvent comparé les admirateurs d'Ayn Rand à des sectaires) figurent des types aussi différents que Steve Ditko, dont on a parlé il y a peu, ou Alan Greenspan, le président de la banque fédérale américaine lequel a déclaré, par exemple, qu'elle lui avait "montré que le capitalisme était aussi moral"; Angelina Jolie, Frank Miller, Vince Vaughn ou Ron Paul, l'ancien candidat à la Présidence.   Penser : un "acte de choix moral"    Ce qui frappe chez Ayn Rand, et spécialement dans cette vidéo, c'est la puissance de sa volonté, la détermination que tout un chacun peut saisir dans son regard, dans son phrasé, comme si l'objectivisme avait comme premier pouvoir de rendre les personnes meilleures ou du moins plus solides. Dans La Révolte d'Atlas, elle fait dire à son personnage principal, cette tirade célèbre qui tient lieu ici de manifeste à cette théorie visant à refuser les sentiments, à affronter les faits et à donner les pleins pouvoirs à l'individu raisonnable, pleinement responsable de ses actes et surtout opposé à l'idée de s'en remettre à quelqu'un d'autre pour s'occuper de ses affaires :  "Non, vous n'êtes pas tenus de vivre si vous ne le voulez pas ; mais si vous choisissez de vivre, vous devez vivre en êtres humains - par l'effort et le jugement de votre esprit. Non, vous n'êtes pas tenus de vivre en êtres humains : c'est un acte de choix moral. Mais vous ne pouvez pas vivre autrement - et l'alternative est cette vie pire que la mort que vous observez maintenant en vous et autour de vous, cette situation impropre à l'existence, qui vous rabaisse en dessous de l'animal, une situation qui vous entraîne d'année en année à travers une douloureuse agonie, vers une absurde et aveugle autodestruction. Non, vous n'êtes pas tenus de penser : c'est un acte de choix moral. Mais il a fallu que quelqu'un pense pour vous maintenir en vie. Si vous choisissez de vous dérober à la pensée, vous vous dérobez à l'existence en en transmettant la charge à un être moral, en espérant qu'il sacrifiera son bien-être pour vous permettre de survivre dans votre vice." L'oeuvre dangereuse  La philosophie d'Ayn Rand est empreinte tant de noblesse que d'intransigeance. Elle n'en est pas moins arrivée, à force de croire au primat de l'individu sur les organisations, à condamner les discriminations positives dans les luttes antiracistes (l'organisation ne peut pas se substituer à la morale individuelle), à souhaiter qu'on autorise les discriminations sociales, raciales ou sexuelles en entreprise (selon le même raisonnement), ou à soutenir, après avoir condamné l'engagement des Américains pendant les 2 premières guerres mondiales, puis au Vietnam (la guerre ne saurait être qu'une question d'autodéfense....), l'intervention d'Israël au Kippour en 1973 au motif que "les  Arabes sont une des cultures les moins développées. Ils sont typiquement nomades. Leur culture est primitive et ils éprouvent du ressentiment contre Israël car c'est la seule tête de pont de la science moderne et de la civilisation sur leur continent. Quand vous avez des hommes civilisés qui combattent des sauvages, vous soutenez les hommes civilisés, peu importe qui ils sont. "  Ces prises de position très peu consensuelles ont eu pour conséquence un rejet partiel de ses thèses par les élites progressistes même si le romantisme réaliste et le mysticisme poétique de ses livres ont continué de la rendre séduisante pour bon nombre de hippies sur le retour, de libertaires mais aussi d'ultraconservateurs. La philosophie d'Ayn Rand (comme les livres de Ron Hubbard, d'une certaine façon) est ouverte à toutes les interprétations. Elle semble reposer sur des idées extrêmement séduisantes mais exige un peu trop de l'homme (rigueur, raison, domestication des passions, calme, intelligence, pondération,...) pour que ses applications pratiques et collectives soient indolores socialement.  La Source vive et The Fountainhead restent de vrais beaux romans américains emblématiques de cette croyance en une sorte d'homme commun changé en surhomme (on trouve la même philosophie chez Jack London) par sa propre force de caractère, qui est consubstantielle de l'esprit américain. Ayn Rand, ce sont les superhéros, les comités de vigilance, les héros ordinaires. C'est le western, le dépassement de soi, une modernité dynamique, l'individualisme dans ce qu'il y a de plus beau et noble, mais aussi de terrifiant..... Dans les yeux de cette femme, on lit toute l'Amérique, la puissance de son modèle culturel et de sa philosophie vitaliste, mais aussi la douleur d'une vie accumulée, les contradictions morales et l'inaccessible modèle de pureté. Sa lecture fait partie des 5 ou 10 livres qui aident à comprendre les Etats-Unis.   

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