John Updike a(vait) vraiment la classe

09/09/2010 - 11h09
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L'auteur
Benjamin Berton

Cela me pendait au nez depuis un moment (la lecture du de Nicholson Baker, l'année dernière) mais cette fois, ça y est : je suis entré officiellement (autant dire que j'en suis déjà presque ressorti) dans une période John Updike. On connaissait tous ce que cela signifie qu'"avoir une période" (à ne pas confondre évidemment avec l'expression anglaise équivalente) et ce que cela implique : lire toute la bibliographie d'un auteur de manière compulsive en trouvant qu'il n'y a jamais eu de littérature avant. Avec Updike, la chose n'est pas si simple, à la fois parce qu'il a écrit beaucoup (entre 20 et 30 livres) et parce que son oeuvre est constituée d'ensembles et d'éléments très différents les uns les autres. Ce qui fascine chez lui et ce qui constitue le trait commun de son travail est (au risque de passer pour un neuneu) son intérêt pour les gens qu'il décrit, leur histoire et leurs conditions socioculturelles d'enracinement dans la société qui est la leur. Updike est, à sa façon, l'inventeur des sitcoms. Rien de ce qu'il a fait ne s'apparente à ce genre télévisuel mais on peut considérer que sa technique, son intérêt pour les personnages relèvent de la même logique : fabriquer un être et prendre plaisir à le laisser s'agiter à sa guise devant nous. C'est sans doute pour cette raison, qu'à côté de la fameuse série des Rabbit, ce sont ses dont les remarquables forment le second volet, qui font partie de ses créations les plus remarquables. Le trio composé de Jane, Alexandra et Suckie est un portrait en creux (et pas qu'en creux, il y a des bosses partout et surtout dans le pantalon) de l'Amérique, un portrait que le film de George Miller a un peu caricaturé mais qui est, si on se penche de près sur le roman, d'une grande complexité.

Updike, tous ceux qui l'ont entendu (sur cette vidéo par exemple) ou rencontré le disent, était ce qu'on appelle un être humain... humain remarquable. Il avait dans le regard cette petite étincelle levissanienne qui facilite la reconnaissance de visage à visage et vous justifie d'emblée en temps qu'être humain. Il en allait de même avec ses personnages, qu'ils soient sortis de sa cuisse ou de celle d'un autre (on parlera de l'apprenti kamikaze de , son roman sorti chez nous en 2009, une autre fois). Updike leur conférait une attention infinie, un sens du détail qui fait sa spécificité et qui justifie aussi l'amour que Nicholson Baker avait pour ses oeuvres. Chez Updike, il n'y a aucun personnage qui n'ait pas une épaisseur pour le faire dépasser le rang d'accessoire ou de pantin que les romanciers souvent réservent aux personnages secondaires. Dans Les Sorcières d'Eastwick, le personnage de Felicia, que l'on voit dans cet extrait, passe à la fois pour une "fasciste" (c'est ainsi que Suckie la décrit à Van Horne), un épouvantail repoussoir de l'Amérique des valeurs morales, de l'extrémisme et du conservatisme, alors même qu'elle n'est pas que ça et a pu, par le passé (sa propre jeunesse) être une étudiante attirante et qui a multiplié les conquêtes. Même avec un tel personnage, Updike va plus loin que n'importe qui et sort de la caricature. Il lui fait dire, par exemple, alors qu'elle veut emprisonner un marchand de journaux qui a laissé passer une photo olé-olé sur la devanture de son kiosque : "I have nothing against a good fuck. But something evil is happening in this town. Somebody has to do something about it". Le moralisme n'est pas une religion, cela devient un impératif moral. L'extrait du film de George Miller est moins riche que cette seule phrase mais on se marre bien quand même.

 

Tout ça pour dire qu'à lire ou à entendre, Updike est le prototype de l'écrivain intelligent. Il y en a, en France et aux Etats-Unis. Ce sont des types qu'on peut croire sur parole et qui comprennent plus à l'époque et à l'histoire que n'importe quels chercheurs, journalistes ou érudits. Lire leurs romans vous dispense de réfléchir par vous-même, ce qui est bien pratique et bien plus commode quand, comme moi, on a du mal à se faire une idée par soi-même. Et ne me dites pas que c'est idiot de dire ça comme ça. Pourquoi est-ce qu'on lirait si ce n'était pas pour aller chercher la vérité d'un autre et la rapatrier dans notre cerveau débile ?    

 

Par Benjamin Berton
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