Guillaume Musso, agent du futur ? C'est celui qui le dit qui y est (4)

21/04/2008 - 10h44

 "Acceptez enfin de vendre le livre comme une savonnette, un parfum ou de la lingerie fine et le marché s'éclairera comme une aube nouvelle." Ces paroles prophétiques prononcées par un éditeur imaginaire dans une nouvelle de Jack London dont j'ai oublié le titre (ça fait sérieux !) étaient prémonitoires des débats qui agitent (assez peu finalement) le monde de l'édition. Le livre est-il un produit comme un autre ? Faut-il le vendre au supermarché ? Bah oui, d'ailleurs on ne s'en prive pas. Peut-on imaginer d'en faire la publicité ou de lui consacrer, comme ici, une sorte de bande-annonce, de lancement ou de teaser ? Cette petite séquence proposée par Guillaume Musso (qui remplacera pour l'occasion Marc Lévy, excusé..), est l'une des choses les plus intelligentes qu'il m'ait été donné de voir en provenance d'une maison d'édition française. Il faut bien avouer qu'en la matière, nous accusons encore une fois une bonne quinzaine d'années de retard sur les éditeurs anglo-saxons qui n'ont jamais eu ce questionnement de savoir si oui ou non pour vendre un ouvrage il fallait lui appliquer les techniques de... vente.  Cela fait un bail que ce genre de mini-films existent. Il suffit de se promener sur Youtube pour découvrir, un peu partout, des séquences parfois supervisées par l'auteur lui-même qui ne font honte à personne. Tapez douglas coupland, tapez william gibson, tapez Bret Easton Ellis et vous verrez ce dont il est question. La Vieille France moisie n'a pas adopté le dixième des techniques de stimulation mercatico-intellectuelle : sites dédiés, pseudo univers qui crédibilise le livre, conférence de lancement sur Second Life, confettis-extrait qui sont des découpes du livre disposées dans une assiette et permettent de le... goûter comme on goûterait un saucisson...  Heureusement pour nous, à défaut de nous faire basculer dans le futur de la littérature, Guillaume Musso, avec son physique de Sylvain Marconnet endimanché, ses faux airs de VRP de province, est là pour faire avancer l'histoire. Son dernier roman, Je reviens te chercher, porte bien son nom : sa main généreuse nous est tendue depuis une modernité dont nous devons pas avoir peur : site internet de niveau professionnel, lecture (ardue) du prologue de ce chef d'oeuvre en forme de livre virtuel (essayez donc de tourner les pages, p***), clip de lancement... Guillaume Musso est notre phare, notre lanterne. Son éditeur XO a tout compris et sait désormais que le marché du livre est un monde ultraconcurrentiel (je ne vous rappelle pas le nombre de livres qui sortent chaque mois - les petits imbéciles qui se plaignent des embouteillages le mercredi sur les écrans de cinéma n'ont jamais sorti un bouquin en septembre), où il n'y a de salut que dans la mise en place de franchises ou figures immédiatement identifiables par le consommateur (amélie nothomb, michel houellebecq,...) ou par une logique poussée de différenciation produit.  Il faut évidemment prendre exemple sur lui et faire tout pareil. L'avenir du roman français et plus généralement de son rayonnement à l'international reposent dans cette capacité à sortir de l'obscurantisme éditorial pour embrasser la modernité. Comme l'écrit Musso dans son dernier et sinistre opus (on peut être un vendeur moderne et vendre de la m***, ne l'oubliez jamais, si d'aventure les éditeurs français se décidaient à jouer le jeu), "Dépêchez-vous de vivre, dépêchez-vous d'aimer. Nous croyons toujours avoir le temps, mais ce n'est pas vrai. Un jour nous prenons conscience que nous avons franchi le point de non-retour, ce moment où l'on ne peut plus revenir en arrière. Ce moment où l'on se rend compte qu'on a laissé passer sa chance.." Ceux qui aiment Musso aiment-ils Marc Lévy, de la même façon ? Peut-on aimer un écrivain pour son physique comme on aimerait M Pokora ?  Il faut lire Guillaume Musso parce qu'il fait partie des écrivains qui réussissent à remplir une page avec le plus petit nombre de mots au monde. Ses phrases sont si brèves qu'elles ressemblent à des éternuements, ses dialogues sont si courts qu'ils ressemblent à des tirades absurdes de Beckett. Ses situations sont si simples qu'elles ressemblent aux images mentales qui vous montaient au cerveau, lorsque vous étiez en Terminale, et essayez de vous représenter la différence entre le concept et la chose.... Quel rapport avec ce qu'on vient de dire ? Aucun évidemment et c'est ce qui est bien."C'est la rencontre improbable..."  http://www.guillaumemusso.com/ (site qui vaut le détour)

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • rap gay Rap et homosexualité : le début du coming out ?