Grandville : qui saura rivaliser avec Bryan Talbot ?

11/01/2010 - 12h34
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Grandville : qui saura rivaliser avec Bryan Talbot ?

Le dessinateur anglais Bryan Talbot, connu et reconnu pour avoir écrit à la fin des années 70, ce qui passe pour l'un des premiers graphic novels européens, , n'en finit plus d'émerveiller et d'épater. Après l'excellentissime Alice in Sunderland, mélange savant d' et d'une étude psychogéographique sur Sunderland, Talbot a frappé ces derniers mois un grand grand coup avec ce qui restera comme l'une des BD les plus épatantes de l'année 2009 : le génial Grandville.

 

Pas encore traduit, ni annoncé, Grandville avait fait l'objet de quelques révélations en début d'année dans une interview donnée à ComicBox. Le résultat est à la hauteur des espérances. Talbot tisse dans ce roman graphique un monument steam-punk haletant, politique à souhait et remarquablement conçu. La scène se passe dans un univers alternatif où Napoléon a remporté sa bataille contre les armées européennes. La France a conquis l'Europe et l'Angleterre est devenue une sorte de colonie terroriste anarchiste et socialisante, utilisée pour cohérer la dictature impériale. Dans ce monde stimulant et que Talbot dessine à merveille empruntant aux canons artistiques de l'art nouveau, Grandville (qui désigne Paris) raconte une histoire d'espionnage incroyable où l'inspecteur Lebrock remonte la piste après l'assassinat d'un sujet de sa Majesté dans un petit village du Kent. Lebrock est poursuivi par des animaux déchaînés, des tueurs sanguinaires, rencontre Sarah Bernardt (un blaireau comme lui) et on en passe.

 

Le succès du comics est assis sur l'utilisation des animaux pour personnages, Talbot réussissant à donner une vie incroyable à chacun des protagonistes, suggère la sauvagerie du pouvoir par des scènes de plus en plus spectaculaires, noires et violentes. Comme l'univers graphique fin de siècle est rendu à la perfection, comme les ressorts de l'enquête sont subtils et le suspense bien agencé, comme la narration est ultradynamique, les couleurs parfaites, Grandville époustoufle au point qu'on ne saurait trop conseiller à ceux qui lisent un peu l'anglais de ne pas attendre la traduction pour s'y coller.

 

Bryan Talbot a annoncé sur son site très récemment qu'une deuxième aventure de l'inspecteur Lebrock était quasi bouclée et pourrait sortir en début d'année 2010 sous le titre Grandville Mon Amour. Il ne faudra sans doute pas rater cela non plus. Ceux qui souhaitent faire un investissement solide n'oublieront pas d'aller voir les quelques pages originales de Talbot à vendre qui ne sont pas mal du tout, même si un peu chères.

 

PS : on ne l'a pas dit mais le titre du roman graphique Grandville est un hommage direct au caricaturiste français Jean Ignace Isidore Gérard dont les travaux ont inspiré Talbot et fourni un certain nombre des références artistiques à la BD. Cocorico.

 

M.A.J : Grandville paraît aux éditions Milady en février 2010.

Lire l'entretien avec Bryan Talbot

 

 

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