
Alors qu'il sort ces jours-ci un nouveau roman "très attendu" (par qui ?) chez Gallimard, la situation de Franz-Olivier Giesbert ne cesse d'interroger. Le personnage n'est pas sympathique, pas populaire, n'est pas un écrivain particulièrement doué (ses polars mainstream sont soignés, pas vraiment originaux, ni inspirés), ni un critique littéraire pointu. Ses émissions littéraires sont superficielles, laissant la part belle (comme toutes) à des chroniqueurs qui en savent plus que lui et ont généralement lu les livres, ce qui, sans que cela choque grand chose, semble rarement être son cas. FOG, sur le plan physique et intellectuel, incarne avec ses canines saillantes et sa coupe de cheveux de vieux beau élastique libérale venue des années 80, une forme de séducteur grand (ou petit) intellectuel qui a des airs à la fois anachroniques et très vieille France. Malgré ces défauts que d'autres qualifieraient de majeurs, Franz-Olivier Giesbert est parvenu depuis plusieurs années maintenant à occuper une place de choix dans la vie littéraire française. Ses romans sont formidablement accueillis par la critique (généralement) et on le tient dans une position de respect, mêlée de crainte comme si cet homme là, sans que cela soit prouvé, ni apparent, agissait en coulisses comme un Dr Nikola du microcosme parisien, susceptible de poursuivre ou de jeter l'omerta sur toute personne (autorisée ou non) qui oserait dire du mal de ce qu'il écrit. En cela, il incarne, sur le plan du fantasme, une sorte de double noir de Patrick Poivre d'Arvor, lequel bénéficie du même traitement de faveur mais "à l'envers", motivé non pas par la peur mais plutôt par la bienveillance.Ce schéma (totalement subjectif et qui ne s'appuie en rien sur des agissements secrets qu'on ne connaît pas et dont on n'a jamais eu vent - FOG a l'ego des gens de télé, ni plus, ni moins semble-t-il) est évidemment à l'oeuvre dans la réception qui sera faite à , son nouveau roman donc. Dans celui-ci, et pour la première fois me semble-t-il, FOG qui écrit beaucoup s'aventure sur le terrain très à la mode de l'autofiction maquillée, avec une accroche qui sent bon la littérature française (cancer, vieux beau, résonances individuelles) et l'envie d'en découdre avec Philip Roth (rien que ça) ou l'immense John Updike. Sur le site de la FNAC, le teasing suffit à définir le genre de littérature à laquelle on s'attend : "Lorsqu'on découvre chez le narrateur un cancer de la prostate à un stade assez avancé, celui-ci décide, pour préserver sa virilité, de refuser l'ablation chirurgicale, préférant les incertitudes et les effets secondaires d'un traitement par curiethérapie. Aux yeux de sa compagne, il fait le mauvais choix - opposition radicale qui provoquera la rupture. De cette expérience doublement douloureuse, et qui ne lui est pas tout à fait étrangère, l'auteur a tiré ce roman qu'il considère comme « purement imaginaire, sauf l'amour, le cancer et moi-même ». Entre autobiographie et autodérision, alors que pendant le cancer la vie continue, le narrateur s'interroge, et nous interroge, sur les choix cruciaux qui se posent inéluctablement au cours d'une existence, et sur l'incommunicabilité qui peut s'installer entre deux êtres qui se croyaient intimes."La lecture du livre est paradoxalement moins traumatisante que ce qu'on en attendait. FOG ne cabotine pas tant que ça et se tient à son sujet. Son écriture est comme toujours soignée mais sans génie, alignée en qualité sur ce qu'elle a à dire. Le roman est à cet égard une bonne illustration de ce qu'on peut attendre de l'auteur : des livres médians, d'un type cultivé, qui semble écrire pour donner de la consistance à son personnage d'homme clé des médialettres françaises plutôt qu'en écrivain. Faire son livre ou faire son oeuvre dans le cas de FOG (dont les heures de gloire resteront ses livres de journalisme) est une plume qu'on ajoute à sa panoplie de trophées, un clin d'oeil qu'on adresse aux autres en même temps qu'à son reflet dans le miroir et qui nous rend plus beau. En tant qu'ennemis de l'autofiction, on aurait beau jeu de dire que ce qui fait la matière d' Un très bel amour ne nous intéresse pas le moins du monde, on ne dirait pas ainsi autre chose de FOG, que de l'affreuse Camille Laurens et de sa . FOG étrangement, "homme avec les qualités d'un homme, guère plus", retourne la critique à son avantage. Incapable d'inventer une littérature vraiment intéressante, il la transforme en autre chose : un plumage intriguant et protecteur qui prend du volume et du relief au contact du personnage qu'il s'est créé. Si FOG n'est pas meilleur par ce qu'il écrit, ce qu'il écrit est rendu meilleur par ce qu'il essaie d'être en écrivant et qu'on ne comprend pas vraiment. Le mystère de sa position justifie à lui seul et seul qu'on s'arrête sur lui : comme c'est bizarre.