Edmund White était bel homme : C'est celui qui le dit qui y est (28)

12/11/2010 - 14h21
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Difficile de ne pas associer Edmund White à sa condition d'homosexuel. La mythologie de l'écrivain et la majeure partie de ses écrits sont assises sur sa qualité de précurseur de la littérature ouvertement gay aux Etats-Unis, et sur leur situation dans la chronologie personnelle de l'auteur. A lire pourtant son , sorti chez nous au printemps, on se dit que derrière la façade grand public, Edmund White était - il n'est pas mort- aussi un vrai écrivain de son temps, chaînon manquant entre un Rimbaud autoproduit et un... Paul Auster de l'arrière-monde, l'un des témoins privilégiés, en tout cas, d'une Grosse Pomme qui n'aurait pu eu la même allure, vivace, mélancolique et délurée, sans ses évocations.

 

Avec White, c'est un pan entier de la culture américaine et occidentale qu'on voit défiler sous nos yeux avec des lignes de fuite admirables qui courent entre les grands poètes de la fin XIXème (Rimbaud, Wilde, entre autres), Burroughs, Pasolini, Genet (sur lequel il a beaucoup écrit) et quelques autres. White, c'est la parole gay en action, un mélange de backrooms (dont il parle un peu dans cette chronique), de SM, d'amours véritables, de jeux de l'amour et du hasard et de naïveté adolescente. Même gros, même gras, et c'est particulièrement perceptible dans ce dernier ouvrage, White est resté ce jeune redneck américain "monté à New York" pour découvrir la vie, la sienne mais aussi celle des siens. La sexualité tombe sur lui, comme une rencontre improbable mais d'importance : White imprime sa marque et vice versa sur une certaine idée de la liberté.

 

Dans son livre, qui se pose comme autobiographie sélective et la suite directe de ses précédents ouvrages, White se mêle aux puissants, se peint en permanence comme un type assez peu doué et dont l'écriture, bien que placée assez vite au centre de la vie, aura été longtemps vécue comme un rêve. Le jeune White n'existe pas. Il marche au milieu des célébrités et attendra près de quinze ans avant de publier quoi que ce soit (il a alors 33 ans, soit un âge quasi canonique pour cette jeunesse là). Il croise de vrais génies et quelques faux, il écrit, tente sa chance mais ne s'en sort que lorsqu'il se prête au jeu de l'encyclopédie érotique. Sa chronique évoque à la perfection le début des années 60, la structuration des avant-gardes, les hippies, l'ancien New York (celui d'avant le grand nettoyage). On croise Michel Foucault, Susan Sontag, Tennessee Williams, Burroughs bien sûr jusqu'à quelques événements fondateurs : l'émeute homosexuelle de Stonewell en 1969 puis l'apparition du SIDA évidemment qui vient changer la donne.

 

Côté littérature, White démarre donc avec , puis , qui lui valent quelques remarques positives (dont il parle ici) de son héros littéraire Nabokov. Il démarre véritablement avec un livre à vocation pédagogique (de commande) intitulé The Joy of Gay Sex. Pour le reste, l'autofiction (ou autobiographie déguisée comme on voudra) fait son chemin avec A Boy's Own Story (, en français) son premier grand livre.

 

Gageons qu'il y a assez peu d'hétérosexuels qui entameront la lecture de City Boy. Ils auront tort, même si l'ouvrage n'est pas à mettre entre toutes les mains morales. L'écriture de White montre à elle seule que les gender studies ont bel et bien un sens, qui est de permettre à certains ouvrages de bondir à l'extérieur de la case qui est la leur. L'oeuvre de White fait partie de ces livres bondissants.        

 

Par Benjamin Berton
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