Bukowski et les enfants : the last days of the suicide kid

07/07/2009 - 11h05
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Charles Bukowski est un client parfait pour nos rubriques de vidéos littéraires. S'il n'a pas particulièrement recherché l'exposition médiatique, sa personnalité de vieil ours alcoolique (alcophile, diraient les fans) et sa renommée internationale assez tardive, en ont fait un animal de foire médiatique imposant, capable (comme sur la fameuse émission de Pivot) de créer l'événement (le mauvais événement, celui qui passe en boucle sur youtube et le zapping) à lui tout seul. Bukowski est grand (par la taille et par le talent), il n'est pas nécessairement connu pour avoir été grand par la parole, même si une large partie de sa vie d'écrivain public (une miette dans son existence) aura été consacrée à écumer les universités américaines pour lire ses textes et butiner des jeunes filles qui s'extasiaient devant sa laideur légendaire et son taux d'alcool dans le... corps caverneux (je peux avoir l'humour classe, moi aussi). Dans cet extrait, Bukowski nous est donné, une fois n'est pas coutume, comme poète et non comme animal : la voix est claire, posée et terriblement profonde. Le texte limpide et effrayant à la fois, monté comme s'il était joué pour des enfants, les fameux Suicide kids, y gagne en impact et en lisibilité. Etrangement, il ne faut pas hésiter chez Bukowski à sortir le monstre du texte pour le laisser respirer. Le poème est sombre mais a l'éclat solaire de certaines scènes de son double cinématographique, l'affreux Larry Clark, lorsque la lumière jaillit du sang, de la violence, du vomi et de la décadence. Bukowski est un petit homme dans un grand corps. Il purge son génie par son activité poétique, devant la machine à écrire ou devant un public. On ne peut pas espérer comprendre les grands écrivains américains de Burroughs à Bukowski en passant par Vollmann ou même Saul Bellow (qui n'a pas grand chose à voir avec les autres) si on a pas en tête ce grand rapport à la parole, au texte lu. Chez ces gens là, si l'apparence sert toujours de gimmick commercial et quasi marketing devant l'histoire, la voix est un attribut autrement décisif. Les écrivains français sont assez peu (ce n'est pas leur faute) à pouvoir se produire de cette manière. Angot, même si ce qu'elle écrit n'a aucun intérêt (pour nous) vient à l'esprit comme une évidence avec sa scansion si particulière et son écriture à deux temps. Il y en a vraisemblablement d'autres. Si cette vidéo a ce charme particulier, c'est aussi parce qu'elle expose le rapport de Bukowski à l'enfance qu'il a eu particulièrement difficile. Le grand moment de sa vie, dira-t-il plus tard, sera resté le jour où il a fini, après des années de soumission, par dérouiller son père aux poings, devant les yeux de sa propre mère. Le reste relève de la légende : il termine son collège, quitte la maison, vit comme un clochard avant de se mettre à la colle avec une pochetronne (voir Barfly) et de continuer à écrire au son de radio Classique. L'enfant est étrangement aussi important dans la vie de Bukowski que la chatte dans son oeuvre littéraire : l'enfant qu'il a été, l'enfant qu'il aura en 1964 (une fille), les femmes enfants qu'il se mettra sur le bout du gland, etc. L'enfant brisé est ce qui le sépare de la vie d'homme qu'il aurait pu avoir : les coups, la misère, l'acné sont passés par là pour faire de lui, à moins de 20 ans, ce pour quoi il fut connu et révéré à 60 ans.

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