Ce qu'on reproche à l'invisible mais omniprésente Anna Gavalda tient en un mot : (à peu près) "tout". Ce court métrage, réalisé à partir d'une des "meilleures" nouvelles de son recueil , "The Opel Touch", est, en substance, une bonne illustration de ce qu'on peut attendre d'Anna Gavalda : une fluidité narrative sans précédent depuis Marc Lévy, une pointe de mélancolie dans un océan de détresse et (accessoirement si vous êtes un homme), un poil d'excitation érotique devant ses belles bourgeoises catholiques aux dents blanches qui votent à droite modérée. Love Bless(e) you ressemble à un film d'otaku japonais, les petites socquettes en moins et donne une idée de l'extrême densité sentimentale à laquelle prétend Gavalda depuis l'origine. La perversité des romans de la jeune femme tient également au fait qu'on ne puisse qu'assez difficilement en critiquer un contenu oecuménique, une exécution légèrement au dessus des standards du genre (une écriture de plus en plus décharnée mais sans aspérités, ni scandale majeur) et des valeurs inattaquables. Gavalda écrit pour le bien et lutte contre le mal dans la vie et la littérature. Elle milite en faveur de vies compliquées et d'imbroglios existentiels qui se dénouent pour le meilleur et pour le pire, mais qui ont toujours l'issue que le lecteur mérite. Il n'y a de fin que dans l'émotion. Il n'y a de résolution que dans l'harmonie ou la tempête. Il n'y a de point final qu'en suspension, comme si l'éternité était à ce prix. En cela, la puissance de son oeuvre rivalise avec la puissance de la vie elle-même. Critiquer Gavalda équivaut à critiquer l'humanité, à critiquer le sang qui coule dans nos veines, le coeur qui bat, le vent dans les cheveux, les sexes humides et l'essence sans plomb. Le seul moyen de n'en pas dire du bien est encore de ne pas la lire, ce qui, après tout, lui rend encore hommage. Anna Gavalda est nous comme gustave flaubert était , c'est ce qui fait le plus peur.