
On a beau chercher la petite bête, rien n'y fait. Ni la file d'attente qui s'annonce copieuse, ni les affiches d'un goût douteux ne nous feront dévier de notre but : aller voir les masques de jade mayas exposés à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 10 juin 2012. Un trésor de l‘ère préhispanique, un cadeau tombé du ciel, ou plutôt sorti tout droit de la terre sèche de la péninsule du Yucatan, au sud-est du Mexique. Un patrimoine archéologique exceptionnel - non le mot n'est pas trop fort! - exhumé directement de l'infra-monde maya. En 2011, l'exposition avait été annulée à la suite de l'affaire Florence Cassez. En 2012, les cartons parviennent enfin à décoller du tarmac de l'aéroport de Mexico et sont déballés respectueusement par la commissaire en charge du projet : Sofia Martinez del Campo Lanz. Masques funéraires et masques rituels Sur les quarante pièces découvertes ces dernières décennies au Mexique, seules celles qui ont été restaurées (une dizaine, remontées petits morceaux par petits morceaux) sont aujourd'hui visibles à la Pinacothèque. D'un côté, les masques funéraires des dirigeants mayas, aux traits individualisés, accompagnés de leur mobilier : gobelets, vases tétrapodes en engobe noire, pectoraux de coquillages. De l'autre, les masques rituels portés pendant les cérémonies et qui représentent les divinités du panthéon maya (le fameux dieu jaguar, mi-humain, mi-animal ou végétal). Les premiers confèrent la vie éternelle aux défunts qui les portent ; les seconds font de l'élite maya l'intermédiaire entre les sphères terrestres et célestes. Réunis ici, tous datés de l'apogée classique (VI-IXème siècles), ils révèlent ensemble leur symbolique secrète et les us et coutumes de cette civilisation brillante. De l'art des mosaïques à la cosmogonie en passant par le rôle central du souverain. Sur les traces du grand Pakal Une absence résonne dans l'exposition. Au centre de la sépulture du célèbre souverain maya Pakal, reconstituée pour l'occasion, le masque funéraire manque. Ce dernier ne peut quitter sous aucun prétexte le Musée anthropologique de Mexico. Découvert en 1952, récemment restauré, il a été longtemps le chef-d'oeuvre inégalé de l'art maya. Par chance, il a aujourd'hui de sérieux concurrents, et mobiles de surcroit! Ses petits frères présentés à la Pinacothèque en reprennent les principales caractéristiques stylistiques. Même naturalisme des traits du visage, même déformation céphalique - dès la naissance, le crâne des nourrissons issus de l'aristocratie était compressé entre deux planches de bois pour ressembler au dieu du maïs. Comme pour Pakal, les bouches sont ouvertes, afin de laisser passer le souffle, et le jade demeure la pierre de prédilection, symbole de fertilité et de renaissance mais encore intercesseur entre les trois plans du cosmos : monde inférieur, terre et ciel. « L'exposition est l'occasion de découvrir des trésors archéologiques, mais surtout une autre façon de penser » nous dit la commissaire Sofia Martinez del Campo Lanz. Celle d'une civilisation extrêmement avancée, qui pratiquait le sacrifice humain et concevait le monde sans aucun dualisme, l'humanité en lien avec le règne végétal, animal et divin. Celle-là même dont le calendrier nous prédit une fin d'année apocalyptique. Alors soit, voir les masques mayas et mourir...
Masque funéraire avec coiffe et boucles d'oreilles, tombe I, structure III, Calakmul, jade, coquillages, obsidienne, 20,5 x 14,3 cm, vers 375-450 (Campeche, Museo Fuerte San Miguel). Courtesy PInacothèque de Paris, photo Martirene Alcantara.
Par Céline Piettre Follow @CelCle