
Musées publics : la loi du chef-d'oeuvreCommençons par le saint des saints, le
où est rassemblé une quantité impressionnante de chefs-d'oeuvre, issus des collections royales espagnoles, à faire pâlir d'envie le Louvre. Citons simplement, pour exemples illustres, {Le Jardin des Délices} de Jérôme Bosch, {La Descente de Croix} de Rogier van der Weyden, l'{Autoportrait} de albrecht durer, les {Ménines} de diego velasquez, les plus grands francisco goya ou la série des el greco... De cette pinacothèque exceptionnelle, le Prado a extrait pour quelques mois toute sa collection d'oeuvres de pierre-paul rubens la plus vaste au monde et les a rassemblés en deux grandes salles, où se trouve condensée l'oeuvre du peintre flamand, artiste favori de Philippe IV d'Espagne (jusqu'au 23 janvier). Une véritable leçon d'humanité en peinture. A suivre en mars, une exposition jean siméon chardin, conçue par l'un de ses éminents spécialistes, Pierre Rosenberg, ex-directeur du Louvre. En face, sur le Paseo del Prado, le
offre lui aussi son lot de chefs-d'oeuvre, avec en particulier son oeuvre phare, le {Guernica} de pablo picasso, qui est sans doute l'oeuvre du XXe siècle, et que l'on ne peut approcher à moins de trois mètres. Il faut dire que pour les Espagnols, ce trésor national a une valeur particulière, d'abord comme monument de la Résistance, mais aussi comme affirmation du rôle de l'art et des avant-garde dans la rébellion face à l'oppression, élément qui est très fortement mis en avant dans les collections d'art moderne et contemporain du musée, avec notamment la présence d'oeuvres cinématographiques comme le {Nuit et Brouillard} d'Alain Resnais. A voir actuellement, la rétrospective de l'artiste allemand Hans-Peter Feldmann, qui revisite la culture populaire dans ses cabinets de curiosité ou ses installations kitsch (jusqu'au 28 février), et une expo pointue de l'historien de l'art Georges Didi-Huberman sur le thème de l'Atlas dans l'art (jusqu'au 28 mars).Lieux privés, exceptionnels... et gratuitsPhénomène quasi inexistant à Paris et en France , Madrid compte également des lieux exceptionnels, presque entièrement gratuits, financés par des compagnies d'assurance, des mutuelles ou des banques, dans lesquels sont organisées des expositions, des concerts, des cours, etc. Ainsi la
est propriétaire de compagnies d'assurance (et non l'inverse), et outre des actions sociales, pour l'environnement ou la santé, organise depuis une vingtaine d'années des expositions d'envergure, grâce à un budget de 15 millions d'euros par an. auguste rodin, edgar degas, Max Ernst, les oeuvres impressionnistes du musée d'Orsay, ou actuellement les peintures américaines de la collection Phillips de Washington ({Made in USA}, jusqu'au 16 janvier) attirent des milliers de visiteurs... gratuitement. Parmi ces lieux privés dédiés à la « Obra social », la
de Madrid, ancienne usine transformée en somptueux centre d'art flottant par les architectes suisses Herzog & de Meuron, est devenu un lieu emblématique de la ville, alors qu'il a été inauguré il y seulement trois ans il accueille en ce moment une expo sur la relation amicale et créatrice entre federico garcia lorca et salvadore dali (jusqu'au 6 février) et une autre sur federico fellini (jusqu'au 26 décembre), liée à celle organisée au Jeu de Paume, à Paris, l'an passé. Dans le même style, la
, à la fois centre culturel et centre social, a été fondée par la Obra Social Caja Madrid, une caisse d'épargne. Dans la même journée, on peut y visiter une exposition d'art contemporain (actuellement On&On, sur le thème de l'éphémère, avec notamment Tino Sehgal, Céleste Boursier-Mougenot, Martin Creed et Michel Blazy, jusqu'au 16 janvier), assister à un festival de télévision sur l'environnement, écouter des programmes de théâtre radiophonique, prendre un cours de littérature contemporaine, de photo ou d'informatique, ou assister à une conférence sur l'architecture au temps de la mondialisation... La plupart de ces activités, encore une fois, étant gratuites, ou très peu chères. A Madrid, l'activité d'une société privée comme
illustre la bonne intelligence entre initiatives privée et publique. Située à deux pas de la CaixaForum, la Fábrica a d'abord été un éditeur spécialisé en photographie, avant de devenir également, depuis dix ans, prestataire de services spécialisé dans un domaine, la culture, et plusieurs champs art, cinéma, photo, littérature, musique... et organisant expositions, foires (en particulier PhotoEspaña chaque année), festivals et projets culturels divers (notamment la conception de la Casa Encendida), en collaboration avec des institutions publiques, qui souvent manquent de personnels et de temps pour mener à bien des projets d'envergure. Initiative aussi simple que brillante, la Fábrica incarne le dynamisme et la créativité madrilènes. Un exemple à suivre en France, et qui nous suggère que l'Espagne, si elle suit cette voie, sortira gaiement du marasme. Photo © Magali Lesauvage1. Hans Peter Feldmann2. Musée de la Reina Sofia3. Le Caixa Forum