Vandalisme : pourquoi détruire des oeuvres d'art ? Une histoire du vandalisme dans l'art

25/07/2011 - 14h28
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Vandalisme : pourquoi détruire des oeuvres d'art ?
Un nicolas poussin cette semaine, un paul gauguin récemment... : chaque jour apporte son nouveau lot d'oeuvres d'art malmenées. Attaquer l'intégrité physique d'une oeuvre, c'est aussi s'en prendre à un contexte de création, à un faisceau de sens et d'idées. Quelles sont les motivations des vandales ? Analyse.

Dimanche 17 juillet, à la National Gallery de Londres, un touriste français taguait à la bombe rouge deux tableaux de Nicolas Poussin, dont l'un représente l'Adoration du Veau d'or, scène biblique qui porte en elle-même une image de destruction sauvage : Moïse furieux détruisant les Tables de la Loi fraîchement rapportées du mont Sinaï.En 2007, une toile de claude monet, {Le Pont d'Argenteuil}, était lacérée par un groupe de personnes ivres, qui était parvenues à s'introduire dans le musée d'Orsay en pleine nuit. La même année, un monochrome blanc du peintre américain

par des extrémistes catholiques. Chacune de ces « affaires » porta avec elle son flot de commentaires sur la légitimité du geste, voire sur celle même des oeuvres. Art ancien ou art contemporain, oeuvres prudemment conservées dans les musées ou exposées au grand jour, pièces de grande valeur ou artefacts négligeables, le vandalisme artistique n'a pas de cible privilégiée, et s'en prend à tous types d'oeuvres. Car les raisons de cette violence sont très diverses.Tabula rasaOn se souvient de l'émotion qu'avait suscitée la destruction des Bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan, en 2001. Plus encore qu'à une représentation religieuse, les Talibans, sous prétexte de condamner l'idolâtrie dont les sculptures creusées dans la falaise selon eux témoignaient, s'en étaient pris délibérément à un symbole d'une culture qu'ils souhaitaient réduire à néant. Une volonté d'effacement pur et simple qui fait écho à la destruction des oeuvres d'art dit « dégénéré » par les Nazis dans l'Allemagne des années 1930. « Du passé faire table rase » : on retrouve cette notion de philosophie politique tout au long de l'histoire de l'art, une civilisation succédant à la précédente en supprimant ses témoignages matériels. De la Rome culturophage à Dada et aux futuristes italiens, qui voulaient détruire les musées, en passant par les « voiles de pudeur » peints sur les tableaux de nus à la Renaissance, ou les représentations du Prophète effacées par les extrémistes musulmans, le vandalisme s'est inventé toutes sortes de motivations — politiques, religieuses, morales… — pour justifier une violence qui n'a que rarement rapport à l'esthétique de l'oeuvre en soi.Du vandalisme comme geste artistiqueLe XXe siècle inventa la notion d'« art pour l'art », débarrassant l'oeuvre de son contexte de création et de sa plus-value de sens : avant cela, un portrait, une scène mythologique ou religieuse, même une nature morte avaient des implications dépassant leur strict attrait visuel. « Dommage collatéral » lié aux guerres, aux révolutions ou aux coups d'Etat depuis des millénaires, la notion de vandalisme (terme associé au peuple des Vandales qui pillèrent Rome en 455) n'a cependant émergé qu'en 1789. Et c'est en voyant les disciples de Robespierre détruire les symboles de la royauté et du christianisme qu'est née la notion de patrimoine, puis avec elle celle de sa nécessaire conservation — et finalement de musée.Il n'est pas anodin que cela soit dans cette institution « conservatrice », souvent en plein jour, devant des visiteurs pris à témoin, que les oeuvres soient vandalisées : lieu public où se concentrent les trésors d'un patrimoine que l'on a parfois appris à aimer malgré soi, le musée est le théâtre des passions de l'art. En 2006, c'est dans l'exposition Dada, au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, que Pierre Pinoncelli, artiste performeur de la génération des Nouveaux Réalistes, attaque au marteau le fameux {Urinoir} de marcel duchamp, symbole révéré de l'art moderne. « Hommage à l'esprit dada », « achèvement de l'oeuvre de Duchamp », selon l'artiste, ce geste iconoclaste est avant tout une attaque contre l'institution. Dans d'autres cas, comme celui du fameux « baiser » déposé sur la toile de Cy Twombly, il s'agit de doubler l'intention de l'artiste en s'y substituant : en imprimant à l'oeuvre sa propre marque, on lui impose un auteur bis. Se débarrassant de toute intention néfaste, l'artiste américain Robert Rauschenberg, en 1953, procède à l'effacement d'un dessin du peintre Willem De Kooning, que celui-ci lui avait donné, et qui lui donna son accord. Rituel de passage d'une génération d'artiste à une autre, cet acte de destruction et de recyclage fut le précédent nécessaire à la création d'une oeuvre nouvelle. Une forme de vandalisme écologique.Légendes :. Détail de Piss Christ d'Andres Serrano, vandalisé à la Collection Lambert en Avignon. . Bâmiyân, Afghanistan, falaise où se dressait l'un des Bouddhas, détruit en 2001.. Robert Rauschenberg, Erased De Kooning Drawing, 1953, San Francisco Museum of Art.

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