
Les artistes contemporains italiens ont décidément la dent dure envers le pouvoir. Dernièrement, c'était le pouvoir économique auquel Maurizio Cattelan, face à la Bourse de Milan, faisait un doigt d'honneur. Aujourd'hui c'est le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, que l'artiste Gianni Motti ridiculise dans une oeuvre datée de 2005, intitulée Mani Pulite (Mains propres) et exposée actuellement dans l'exposition Une Idée, une Forme, un Être. Poésie / Politique du corporel au Migros Museum für Gegenwartskunst de Zürich (jusqu'au 28 novembre 2010).Selon Gianni Motti, l'oeuvre, une savonnette d'environ huit centimètres sur cinq, aurait été fabriquée à partir de la graisse provenant d'une liposuccion effectuée par Silvio Berlusconi en 2004 dans une clinique suisse, avec la complicité d'un employé. Mani Pulite, titre faisant explicitement référence à l'opération anti-corruption du même nom lancée en Italie dans les années 1990, avait été présentée une première fois à la foire Art Basel en 2005, où elle avait été vendue pour la somme de 50 000 euros à un collectionneur privé. Nombreux sont ceux qui mettent en doute l'origine de la matière du savon, mais Gianni Motti se dit prêt à pratiquer des tests ADN. Gianni Motti, cinquante-deux ans, s'est fait une spécialité d'une certaine forme d'art contestataire et « parasitaire », n'hésitant pas à prendre la place d'un délégué indonésien à l'ONU en 1997, à graver dans l'acier une liste des 759 prisonniers de Guantanamo (The Victimes of Guantanamo Bay (Memorial), 2006) ou à revendiquer a posteriori des tremblements de terre et autres catastrophes naturelles.Le site du Migros Museum de ZürichPhoto : Gianni Motti, Mani Pulite, 2005, hydroxyde de sodium, graisse de Silvio Berlusconi.
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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