
Difficile de s'y retrouver dans l'actualité foisonnante de ce début d'année. Il y a pourtant des incontournables à ne pas rater. Du 27 janvier au 12 février au Centre Pompidou, le festival Hors pistes emprunte des chemins de traverse pour nous faire voir et sentir « un autre mouvement des images », sans s'égarer pour autant. Au contraire, fort d'un programme toujours aussi pluridisciplinaire (comme le veut sa vocation première), il gagne en maturité et en épaisseur. Dans les salles de projection ou au niveau -1, l'image s'émancipe du cinéma et des arts plastiques pour devenir un langage, un matériau à part entière.
Quinze jours de projections
Pour parler concrètement, Hors pistes 2012 c'est d'abord une sélection de films qui sont autant de découvertes. Une sélection pointue et singulière. Volontairement brouillonne dans les genres et les esthétiques. Un focus sur dix-sept artistes qui traitent l'image comme une matière vivante. Choisis entre autres par les programmateurs invités, Andréa Picard du Toronto International Film Festival et Philippe Gajan du Festival Nouveau Cinéma de Montréal, ils ont en commun un goût pour l'expérimentation et une liberté de forme et de ton plutôt rare.
On retrouve notamment deux des représentants de la jeune génération « élevée » au Studio national des arts contemporains Le Fresnoy : Gabriel Abrantes et Teboho Edkins. Et aussi, en vrac et avec beaucoup de plaisir : le cinéma chorégraphié de Pascale Bodet (première mondiale de Complet 6 pièces), les fantasmagories poético-politiques de Phil Collins (ancien nominé au Turner Prize), la caméra sociale et engagée de l'Indienne Natasha Mendonca, l'esthétique rebelle du duo russe Provmyza et cinq des films de Valérie Mréjen, marraine de la première édition en 2006. Les bêtes en display
Mais l'édition 2012 nous séduit surtout par l'intérêt qu'elle porte à la question de l'animal. Le thème est à la mode. Il envahit les spots publicitaires et le graphisme. L'art contemporain n'en finit pas d'exposer son bestiaire (voir l'article sur Fluctuat.net) et les publications sur le sujet font très souvent parler d'elles - ne serait-ce que les Confessions d'une mangeuse de viande de Marcella Iacub, invitée justement pour l'occasion. Ainsi, du frivole au plus sérieux, notre rapport à l'animal irrigue toute l'exposition présentée au Forum -1 en entrée libre. Des installations (Neozoon, Peter Kogler), des performances (Vincent Epplay), des programmes vidéo (« La bête qui est en nous » ou « Manger la chair » ) et une série de conférences menées par la philosophe Elisabeth de Fontenay ou l'écrivain et historien de l'art Jean-Christophe Bailly tournent autour du sujet ou l'affrontent directement. Un sujet essentiel - tendance mise à part - qui reste un marqueur de l'état de notre civilisation.
Partenaires de la manifestation, le Muséum national d'histoire naturelle et le Musée de la chasse et de la nature en offrent un prolongement hors-les-murs. Un Hors pistes frais et dépaysant qui est certainement, avec Le Nouveau Festival fin février prochain, l'un des rendez-vous les plus excitants du Centre Pompidou - ce dernier souffrant parfois (musée national oblige) d'une programmation un peu trop académique.
Festival Hors pistes 2012, affiche © Centre Pompidou
Par Céline Piettre Follow @CelCle