
Jean-Léon Gérôme, Réception du Grand Condé par Louis XIV à Versailles, 1878, Paris, musée d'Orsay (détail).Jean-Jacques Aillagon, récemment débarqué de la direction du château de Versailles, vaisseau amiral du patrimoine monumental français, l'a mauvaise (lire l'entretien publié dans Le Monde). Et il n'est pas le seul. Arrivé à l'âge de la retraite (mais son mandat courait jusqu'en juin 2012), il doit quitter son poste le 30 septembre, et est remplacé par Catherine Pégard, ancienne journaliste politique et ex-rédactrice en chef du Point, aujourd'hui conseillère de Nicolas Sarkozy, chargée du « pôle politique » de l'Élysée.Un « fait du prince », selon Laurent Gervereau, président du Réseau des musées de l'Europe et fana de musées, qui publiait lundi dans Le Monde une tribune cinglante. Il voit dans cette décision « une véritable gifle pour tous les professionnels », qui « sous-entend que la direction d'établissement patrimonial n'est pas un métier, que n'importe quel journaliste non spécialisé ou n'importe quel technocrate peut prétendre à ce type de poste ». Déplorant le fait d'« accorder des récompenses aux courtisans », il considère la nomination de Catherine Pégard comme « un nouveau signe de désespoir pour celles et ceux qui ont voué leur vie à parfaire leur savoir ».Aillagon, dont nous soulignions l'an passé le bilan relativement positif, aura donc résisté à la tentation présidentielle d'une nomination de Xavier Darcos à son poste, mais pas à celle de Catherine Pégard, qui n'a pourtant aucune expérience dans le secteur culturel. Cette décision a semble-t-il été prise sans demander son avis à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, qui selon Didier Rykner, « doit en partie à Catherine Pégard sa propre nomination à la tête de la Villa Médicis en 2008 qui lui servit de tremplin pour devenir ministre ». Pour le rédacteur en chef de La Tribune de l'Art, « c'est donc une nomination politique désormais que celle de président de Versailles ». Si le fait du prince n'est pas une nouveauté dans la Ve République, rarement aura-t-on vu dans la culture une nomination aussi peu justifiée — autrement que pour loyaux services.
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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