
Depuis quelques jours se livre une bataille autour d'une statuette en argent dont la paternité reviendrait au grand sculpteur Auguste Rodin, opposant d'un côté l'expert Gilles Perrault, missionné par un collectionneur, et le Musée Rodin. Cet expert agréé par la Cour de cassation, spécialiste de Rodin et de Camille Claudel invoque plusieurs arguments à cette authentification. Historique tout d'abord, Camille Claudel, amante du sculpteur, publia un dessin en 1886 dans la revue L'Art, montrant un modèle féminin tenant un drapé dans une même posture et affichant une même anatomie. Trois dessins cette fois-ci exécutés par Rodin entre 1884 et 1887 représentent eux aussi un modèle féminin dans une même pose. Puis par rapprochement stylistique, Perrault souligne la sculpture du visage, des mains et du drapé qui seraient caractéristiques de Rodin à cette époque, autour de 1885. Enfin, l'argument factuel : une facture d'une fonderie datée du 28 juin 1886 mentionnant la sculpture, affiche un prix qui correspondrait à la fabrication d'une statuette en argent.
Mais ces arguments laissent plus que sceptique la directrice du musée, Aline Magnien. « Gilles Perrault a bâti un roman » déclare-t-elle à son sujet. Pourtant, cette même directrice, s'était déjà frottée à l'expertise de Perrault, à ses dépens. En 2007, il avait authentifié un plâtre de Rodin alors que le musée avait de son côté ordonné sa destruction, prétendant à une contrefaçon !
Cette statuette, oeuvre ou pas de Rodin, n'est pas la seule à avoir déchaîné les passions ces dernières années. Car l'enjeu est évidemment de taille : une fois authentifiée, la valeur de l'oeuvre explose. Le collectionneur canadien Peter Silverman est le mieux placé pour en parler. En 2007, il rachète à une collectionneuse américaine un dessin dont il a l'intuition qu'il s'agit d'un De Vinci. Bingo ! En septembre dernier, une équipe française relève une empreinte palmaire sur le dessin et certifie qu'il s'agit bien de celle de Leonardo. Le dessin acheté 21 850 $ - une bouchée de pain au regard de la côte du peintre italien ! - vaut désormais plus de 100 millions d'euros.

Outre l'enjeu financier d'une découverte majeure comme celle d'un De Vinci ou d'un Rodin, c'est aussi l'Histoire et l'histoire de l'art qui s'en voit changer par le plus grand des hasards. En 2008, deux libraires tombent sur un lot de photographies dans une brocante, dont une comporte au dos l'inscription « Hôtel de l'Univers ». Ils savent que cet hôtel était celui où un certain Arthur Rimbaud séjourna à Aden. Ils achètent le tout et quelques deux ans et moults débats passionnels plus tard, est authentifié ce qui représente le début de la deuxième vie du poète, comme gérant de comptoir, et la seule photographie de son visage adulte. On a tout à coup une furieuse envie d'aller chiner !

En juin dernier, le château de Hautefort en Dordogne procède à des restaurations et fait apparaître un F de deux centimètres dessiné à la manière du XVIIIe siècle. F comme jean-honoré fragonard ! Joli coup de pub pour le château avec ce Jeune berger courant après son troupeau, qui attirera certainement davantage de visiteurs. Le clou de ces hasards revient sans conteste à un journaliste du quotidien nantais Presse-Océan. De retour de Milan en décembre 2010, celui-ci voulut compléter son séjour par la lecture d'une biographie de Léonard De Vinci (encore lui !), rédigée par Serge Bramly (éditions Lattès). Il y découvre qu'un fragment de manuscrit du maître serait conservé à la bibliothèque de Nantes. Après deux semaines de recherche intensive, il est retrouvé dans les réserves, plus de 130 ans après y avoir été déposé et complètement oublié. Le manuscrit nantais est le deuxième fragment retrouvé d'une page entière mais un troisième reste introuvable. La course est lancée !
