\"Radicant\" de Nicolas Bourriaud : l'art à l'ère de la globalisation

07/01/2010 - 11h11
\"Radicant\" de Nicolas Bourriaud : l'art à l'ère de la globalisation

Depuis 1998, le concept d'« esthétique relationnelle » inventé par Nicolas Bourriaud, critique d'art et commissaire d'exposition (actuellement en poste à la Tate Modern de Londres), a fait florès, c'est le moins que l'on puisse dire. Appliqué à des artistes comme Félix Gonzalez Torres ou Rirkrit Tiravanija, qui placent au coeur de leur travail l'interactivité avec le spectateur, il eut plus de succès qu'un second concept moins original, pondu quatre ans plus tard, celui de « postproduction » (dans un ouvrage là aussi éponyme), qui plaçait une partie de l'art actuel dans une démarche de citation (autrement dit postmoderne).Dans son nouvel opus, Radicant, Nicolas Bourriaud explicite le phénomène de globalisation en art par cette métaphore avec la botanique, une plante « radicante » étant un organisme qui crée ses racines au fur et à mesure qu'elle avance, comme le lierre par exemple, par opposition au « radical », impliquant l'idée de racine. Les artistes contemporains de la globalisation partagent donc avec celle-ci la capacité à se déraciner tout en s'agrégeant facilement ailleurs, dans une forme d'errance continue. L'artiste contemporain rejette le multiculturalisme postmoderne célébré en 1989 par l'exposition emblématique Les Magiciens de la terre : il refuse la critique qui demande « D'où viens-tu ? », pour plaquer à la va-vite sur une oeuvre « typée » un discours forcément postcolonial. L'auteur appelle ainsi paradoxalement à un retour à la modernité, qui s'oppose, par sa dynamique, au postmodernisme, hanté par la question de l'origine : reprenant l'opposition gauguinienne, il préfère le « Où allons-nous » au « D'où venons-nous ». Aussi invente-t-il le concept d'« altermoderne » (titre de la Triennale de Londres dont il fut le commissaire en 2009) : l'artiste contemporain est nomade, exilé, polyglotte, adepte du dubbing, « sémionaute » voyageant entre les signes des diverses cultures qu'il côtoie. Sans trajectoire, il est queer : son Moi se compose par emprunts. Comme chez le Victor Segalen de l'Essai sur l'exotisme, les incursions dans le divers permettent le retour à soi.Les artistes évoqués diversifient le propos autour de démarches identifiées : retour aux singularités chez Christian Boltanski, « précarité positive » de Tino Seghal, matériaux « clochards » dans l'oeuvre de Mark Dion, monumentalisation d'une iconographie précaire des jeff koons, damien hirst et maurizio cattelan, errances de Francis Alÿs et Gabriel Orozco, mixages de Kelley Walker, « formes-trajets » de Bas Jan Ader, Pierre Huyghe, laurent tixador et abraham poincheval, topologies accumulatrices deThomas Hirschhorn, traçabilités chez Simon Starling, « interformes » de Bertrand Lavier.Si on n'est pas très convaincu par la pertinence des termes « radicant » et « altermoderne », trop novlangue, les idées exposées ici sont habiles, presque trop : théoriser par la métaphore est toujours un jeu dangereux, comme le répétait Gilles Deleuze. Mais ce nouvel essai de Nicolas Bourriaud ouvre indéniablement des pistes de réflexion passionnantes.Nicolas Bourriaud, Radicant. Pour une esthétique de la globalisation, éditions Denoël, collection Médiations, 250 pages, 19 euros

Par Magali Lesauvage

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • Cocaïne, sperme de taureau et flatulences : la vie secrète d’Adolf Hitler
  • Le cinéma nuit gravement aux enfants
  • Le cinéma français sous Sarkozy : l'autre bilan
  • Le débat détourné sur tumblr
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Le thème de James Bond repris par des lecteurs de disquettes
  • Madonna, star maudite du cinéma