Phora - Ann Hamilton A capella

13/09/2007 - 11h51
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Phora - Ann Hamilton
Jeune fondation dans le quartier de la Bastille, La maison rouge accueille l'artiste américaine Ann Hamilton, connue sur la scène internationale pour ses installations in situ mêlant son, vidéo, photo et matériaux divers.

L'amateur d'art et collectionneur Antoine de Galbert est à l'origine de la création de La maison rouge, fondation privée d'art contemporain. Étonnamment, il n'y expose pas sa collection. Dans cette ancienne fabrique d'équipements de photogravure, se succèdent collections particulières et expositions thématiques conçues par des commissaires indépendants. Ainsi, Phora est la première exposition personnelle à Paris de la célèbre artiste américaine Ann Hamilton. Le musée d'art contemporain de Lyon lui avait déjà consacré une rétrospective Present - Past, 1997-1998 (info). Un an plus tard, elle représentait son pays à la Biennale de Venise. Une intervention très remarquée : les murs du pavillon américain pleuraient, des larmes fuchsia envahissaient l'espace. Tirées de vidéos filmées en gros plan, des photos de bouches de sculptures médiévales polychromes, juste épinglées, emplissent les murs des premières salles de La maison rouge. Des bouches ouvertes, sans voix. Les photos de bouches que possède le Guggenheim Museum (New York) présentent aussi ce mutisme : l'une est remplie de pierre et l'autre envahit d'eau. La maison rouge est située près de la place de la Bastille et de l'Opéra à Paris, deux hauts lieux de la voix - contestataire ou lyrique. Travaillant in situ, Ann Hamilton instaure un rapport direct entre la réalité géographique du lieu, le contexte intellectuel et les oeuvres. Elle utilise le registre de l'installation ou de l'environnement, où l'espace d'exposition et les oeuvres deviennent interdépendants. La voix, condition du « voir »Des haut-parleurs au bout de tiges, fixées au plafond, forment des cercles infernaux et diffusent le son d'une voix. Plongé dans la pénombre, le spectateur est perturbé par les arrivées en trombe des enceintes dans son champ de vision. Inutile de baisser la tête, elles sont largement assez hautes ! Immergé dans une situation aussi fascinante et spectaculaire que déroutante, le visiteur peut envisager une allusion aux possibilités qu'offrent les médias modernes au discours. Dans la salle suivante, une tente de réfugiés doublée de satin est suspendue et agrémentée de mégaphones dédoublés. Un texte lu en français, en anglais et en arabe littéraire, crée une légère cacophonie. Ann Hamilton joue avec les matériaux pauvres (la tente) ou nobles (le satin, les mégaphones). La tente n'atteint pas le sol et révèle ainsi la frontière entre le privé et le public, l'intérieur et l'extérieur. Avec une approche sensible et poétique, l'artiste explore l'intersection entre l'individu et le corps social. Alors qu'au sous-sol, une estrade en bois symbolise la scène de théâtre ou la prise de parole en public. La mise en scène épurée (des planches de bois dans une ambiance bétonnée) dévoile rapidement qu'elle est trop haute pour permettre à un éventuel orateur de se tenir debout. À partir des années 90, la voix, ainsi que ses références historiques et culturelles, a pris de plus en plus de place dans le travail d'Ann Hamilton. Son intérêt pour la prise de parole en public l'a amenée à étudier ce phénomène sous un angle historique. Au fil de l'exposition, des sculptures médiévales au mégaphone, la parole témoigne de son époque.Une impression de déjà-vuL'esthétique dépouillée de Phora, ses thèmes difficilement lisibles au préalable et la volonté de l'artiste d'inciter le spectateur à la réflexion, lui confèrent un aspect conceptuel qui peut laisser perplexe un certain nombre de visiteurs, malgré l'effort pédagogique (un livret accompagne le ticket d'entrée) de La maison rouge. Ann Hamilton a pour habitude de concevoir ses installations en fonction du lieu de l'exposition et l'investit de sa propre perception. Composées généralement de son, de vidéo, de photographies et souvent d'objets ou de matériaux divers, ses installations non-transposables, sont créées pour l'occasion. Cependant, le visiteur ressent rapidement une impression de déjà-vu. Ainsi, la salle composée de vêtements suspendus rappelle de nombreuses installations, notamment de Boltanski. Néanmoins, ces vêtements esseulés ont l'efficacité d'un malaise dû à l'absence du corps, accentué par l'accompagnement sonore. Pour Waltraud Forelli, commissaire de l'exposition, l'intervention d'Ann Hamilton « interroge notamment le silence et l'individualisme du monde occidental, saturé de discours devenus inopérants, alors que d'autres combattent pour conquérir la parole ». L'artiste explore la voix sous toutes ses formes : figurée (photographies), sonore (mégaphones) et métaphorique (estrade). En concevant chaque salle comme une déclinaison de ce processus, Ann Hamilton propose des formules d'agora moderne. PhoraAnn HamiltonJusqu'au 22 mai 2005La Maison rouge, Fondation Antoine de Galbert10 bd de la Bastille - 75 012 ParisT. 01.40.01.08.81[illustrations : Trois vues de Phora, une exposition d'Ann Hamilton © Marc DomageCopurtesy la maison rouge - fondation antoine de galbert]

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