Paris privée d'Ai Weiwei...

22/02/2012 - 22h14
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Malgré une fréquentation massive et un enthousiasme palpable, le vernissage de l'exposition « Ai Weiwei : Entrelacs », le lundi 21 février dernier au Jeu de Paume, était bien morose sans la présence de l'artiste chinois. Emprisonné 81 jours d'avril à juin 2011 sous prétexte de « crime économique » - ou d'évasion fiscale par l'intermédiaire de son studio d‘architecture Fake -, condamné à verser une amende de 1,8 millions d'euros, il est interdit de sortie du territoire pour une durée indéterminée. Et prive par conséquent Paris de son passage.

 

Ai Weiwei est pourtant bien décidé à rester en Chine. À lutter en dépit des menaces et des exactions destinées selon lui « à le briser ». Sur les traces de son père, poète et intellectuel déclaré «ennemi du peuple» et qui a passé une partie de sa vie dans un camp de travail en compagnie de sa famille, l'artiste cède le moins possible aux tentatives de bâillonnement de son gouvernement. « L'exil serait une défaite » déclare t-il aux rares journalistes étrangers autorisés finalement à l'interviewer à l'occasion de sa première exposition d'envergure en France. A de nombreuses reprises, par ses déclarations via son blog (fermé en 2009), les réseaux sociaux et ses oeuvres, il dénonce la corruption et la censure des autorités chinoises. Ses photos de la place Tian'anmen  - où l'on voit par exemple sa petite amie relever sa jupe - et celles sur le tremblement de terre de mai 2008 montrant les décombres d'écoles construites à la va-vite par les dirigeants véreux du Sichuan, mettent définitivement le feu aux poudres. Présentées au Jeu de Paume, ces deux séries sont les sous-titres d'une Chine en dents de scie, frappée par un capitalisme galopant, non sans effets négatifs. Exclusivement consacrée à son travail photographique, l'exposition parisienne, loin d'être la rétrospective attendue, a un côte déceptif. Mais, à bien y réfléchir, elle présente peut-être le visage le plus juste de l'artiste militant. Rien de spectaculaire ici : des paysages provisoires en passe de devenir des centres urbains tentaculaires, une jeune femme affichant fièrement un grand écart au milieu de la route, un stade olympique étincelant dans la solitude d'un terrain vague, un simple doigt d'honneur en signe de contestation politique. Une provocation en creux. Un pur espace de réflexion, qui absorbe et réfracte les ondes du réel. Associées dans l'exposition à des tweets de l'artiste et à certains passages de son blog, ces photos nous font l'effet d'un vase qui se casse, dans un fracas d'une banalité assourdissante, à la fois anodin et incommodant. A voir à l'espace Concorde jusqu'au 29 avril 2012.

 

Étude de perspective - Tiananmen 1995-2003, photo © Ai Weiwei

 

Par Céline Piettre
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