
Lancé il y a quatre ans par Alain Seban, président du Centre Pompidou, ce vaste projet d'exposition sur l'art contemporain indien prend pour point de départ l'idée d'un échange entre artistes français et indiens, et non la simple présentation d'une scène artistique en constante évolution comme c'est le cas dans la riche exposition {Indian Highway}, actuellement au Musée d'Art Contemporain de Lyon. Un certain nombre d'artistes français ont ainsi pu partir en Inde et produire des oeuvres spécifiques pour l'exposition. Un dialogue unilatéralSi la démarche, qui s'inscrit dans le contexte de la globalisation de l'art et d'échanges culturels facilités, paraît louable, le résultat visible au Centre Pompidou manque son objectif, en juxtaposant les oeuvres de cinquante artistes indiens et français sans que celles-ci n'interagissent réellement entre elles. Le dialogue voulu reste unilatéral. Là où il aurait pu être intéressant de demander aux artistes indiens de porter leur regard sur la France ou l'Europe, ici seuls les artistes français ont été invités à donner leur interprétation, souvent riche, d'une réalité qui n'est pas la leur, celle de l'Inde, éminemment complexe.Au dernier étage du Centre Pompidou, dans la Galerie 1 où ont lieu les grandes expositions du Musée national d'Art moderne, {Paris-Delhi-Bombay} s'articule autour d'un rond central, au milieu duquel trône une sculpture assez effrayante (voir l'affiche de l'exposition) de Ravinder Reddy, et qui, tel un moulin à prière tibétain, disperse les visiteurs dans les salles adjacentes. Diverses problématiques propres à l'Inde (comme à de nombreux pays émergents) y sont évoquées identité, foyer, urbanisme, artisanat... Autant de thématiques que l'on retrouve illustrées dans des oeuvres très diverses, exposées sans réelle réflexion scénographique.JuxtapositionsUn certain nombre d'entre elles sont cependant réjouissantes. Dans le registre de la vidéo, {Half Widows} de Shilpa Gupta montre l'artiste jouant à la marelle en habit de deuil, en référence aux « demi-veuves » qui attendent le retour de leur mari mobilisé. Le film de Camille Henrot, {Le Songe de Poliphile}({Hypnerotomachia Poliphili}), dédié à la symbolique du serpent, est un collage assez efficace d'images de reptiles glanées en France et en Inde.L'installation, sur des parois de tôle, des photographies kitsch de figures indiennes androgynes de Pierre & Gilles assume son petit effet « favela chic », tandis que l'artiste indienne Bharti Kher poursuit cette réflexion sur le corps et la vanité en appliquant des bindis (cette marque ronde que les Hindous collent sur leur front), sur des miroirs brisés. La thématique du corps est très présente, notamment dans les performances narcissiques de Sonia Khurana, ou dans une série de photos de Tejal Shah consacrée aux hijras, communauté ancestrale considérée en Inde comme le « troisième sexe ». Lui fait écho {Collages}, un magnifique triptyque vidéo de Kader Attia, dans lequel l'artiste français croise les destins de trois transsexuelles de Paris, Alger et Bombay. Cette bouleversante conversation à trois voix, qui démultiplie les points de vue sur des problématiques communes, vécues à plusieurs milliers de kilomètres de distance, est une oeuvre en triangle, qui fait circuler le regard et le sens. C'est aussi une des rares à produire le dialogue attendu.Paris-Delhi-Bombay, au Centre Pompidou, Paris, du 25 mai au 19 septembre 2011.www.centrepompidou.frIllustrations :- Dayanita Singh, {House of Love}, 2010, ensemble de 42 photographies en couleur et noir et blanc © Courtesy de l'artiste, Nature Morte, New Delhi et Firth Street Gallery, Londres.- Affiche de l'exposition montrant une sculpture de Ravinder Reddy, {Tara}, 2004.- Camille Henrot, {Le Songe de Poliphile (Hypnerotomachia Poliphili)}, 2011, vidéo. Collection de l'artiste. uvre réalisée avec la participation du Centre Pompidou, Paris, du CNAP et de la Mairie de Paris/Département de l'art dans la Ville.- Kader Attia, Collages, 2011, installation vidéo en trois écrans (détail) © Courtesy Galerie Krinzinger, Galerie Christian Nagel, Cologne/Berlin/Anvers et GALLERIA CONTINUA, San Gimignano/Beijing/Le Moulin. uvre réalisée avec la participation du Centre Pompidou, Paris. Collection de l'artiste © Adagp, Paris 2011.