
Interdire les photographies dans un lieu public, qui plus est dans un musée, lieu de la pulsion scopique par excellence, où l'on vient pour voir, est-ce une décision valable, voire applicable ? Il y a quelques mois, la direction du musée d'Orsay prenait la décision aberrante d'interdire toute prise d'image dans l'institution, photographique ou filmée — il n'est pas le seul, il en est de même par exemple au Prado, à Madrid, où le commerce d'affiches et de cartes postales « à la demande » est très rentable.
Raison invoquée par le musée : le confort des visiteurs. Mais comme le souligne Bernard Hasquenoph sur le site Louvrepourtous.fr, cette décision va à rebours de l'évolution actuelle des musées (ainsi le British Museum a engagé un partenariat avec Wikipédia, et le Château de Versailles organise des concours de photo avec FlickR) et du partage d'images qui, quoi qu'on fasse, est de plus en plus difficile à restreindre. Le Louvre avait tenté de faire interdire les photos dans ses espaces les plus fréquentés — sans doute pour des raisons de flux de visiteurs —, avant d'y renoncer. Une mesure qui demanderait en effet de la part des gardiens d'être sur le dos de pratiquement chaque visiteur. Une mesure impossible donc, mais aussi semble-t-il illégale. Si dans les expositions temporaires, les oeuvres ne peuvent être photographiées car appartenant à d'autres institutions ou à des prêteurs privés, il faut rappeler que les oeuvres des musées français appartiennent à tous les citoyens, et que donc leurs droits de reproductions aussi... Comme au Prado, c'est sans doute de cela qu'il s'agit : pousser les visiteurs à passer par la boutique en sortant du musée, pour acheter les images des oeuvres qu'ils n'auront pas pu photographier.Le député UMP Patrick Beaudouin adressait en juin dernier une question inscrite au Journal Officiel à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. Sans réponse. Des dizaines de messages de visiteurs mécontents polluent le Livre d'Or du musée sur son site internet. Pas de réaction. Un groupe, intitulé Orsay Commons (sur le modèle de Wiki Commons, médiathèque des fichiers photo de Wikipédia), entend protester contre cette décision, via un groupe Facebook, des actions et manifestations ciblées, et des « photos volées » lors de ces actions. La première a eu lieu le 5 décembre dernier, la prochaine est prévue le 6 février prochain. Photo © Bernard Hasquenoph/OrsayCommons
Par Magali LesauvageFollow @MagLesauvage