Odilon Redon, Prince du rêve Maître de l'ombre et de la lumière

13/04/2011 - 18h00
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Odilon Redon, Prince du rêve
De l'ombre à la lumière, l'exposition Odilon Redon, prince du rêve au Grand Palais fait évoluer le spectateur dans les méandres de l'oeuvre d'un artiste encore trop mal connu, du fait de sa solitude morale et esthétique. Un grand maître de l'âge symboliste à découvrir absolument.

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sur FluctuatL'exposition odilon redon, au Grand Palais, se visite comme une crypte propice au recueillement, où brillent ça et là l'éclat de quelques joyaux noirs ou colorés. Au mur, cet exergue de Pascal qui sied si bien à l'oeuvre de l'artiste tient lieu d'avertissement : « {Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie} ». Odilon Redon (1840-1916), contemporain exact de Monet, Rodin et Zola, aura en effet pendant toute sa vie dessiné et peint des êtres solitaires, entités ténues isolées dans de vastes étendues, têtes coupées net, auxquels il est impossible de ne pas identifier l'artiste, qui ne connut le succès qu'une fois la quarantaine passée. Dans le rêveOn a beaucoup écrit — depuis Huysmans, qui en fait l'un des artistes fétiches de son héros décadent Des Esseintes dans son roman {

} (lire à ce sujet le précieux petit livre {Odilon Redon dans l'oeil de Darwin} de Vincent Noce, critique d'art à Libération) au sujet de ces organismes hybrides saisis en phase de métamorphose perpétuelle. On a rappelé l'influence de son maître Rodolphe Bresdin, obscur graveur post-romantique aux paysages fourmillant de détails, mais aussi de celle de Gauguin, dans l'avènement de Redon à la couleur. Pourrait aussi être évoquée celle de Gustave Moreau, dans le chatoiement luxuriant des dernières oeuvres. Associé malgré lui à un symbolisme dont il refusait les élucubrations — « Je ne suis pas spirite ! Je n'ai jamais eu d'hallucinations », affirmait-il —, Redon, auteur de {Dans le rêve}, se plaçait pourtant paradoxalement du côté de la réalité, sans pour autant livrer de clé à son oeuvre : « {Mes dessins inspirent mais ne se définissent pas} ». FictionsÉgalement écrivain (lire son journal, publié après sa mort sous le titre {A soi-même}), Redon fut l'inventeur de titres sublimes, égrenés au fil de ses recueils de gravures comme les vers d'un poème («{ Il y eu peut-être une vision première essayée dans la fleur} », « {Lueur précaire, Lune tête à l'infini suspendue} »). Il jalonna son oeuvre, notamment gravé, de références littéraires, parfois difficiles à percevoir. Ainsi son ouvrage{ A Edgar Poe} (auteur qu'il avouera plus tard apprécier moyennement), présente notamment un oeil énigmatique en forme de montgolfière... Redon n'aimait pas le terme d'« illustration ». C'est que l'artiste, comme l'écrit Vincent Noce, souhaitait conserver dans ses oeuvres un « suspens poétique, une part de fiction ». S'il fait référence à la mythologie gréco-romaine, convoquant Pégase, Orphée ou le Cyclope, c'est pour se les approprier en tant que figures métaphoriques de la solitude et non pour raconter le mythe de manière littérale. Du noir à la couleur, personnages légendaires ou inventés par l'artiste ponctuent près d'un demi-siècle de création. Explosion chromatiqueSurgissant glorieusement de l'ombre, la couleur finalement apparaît dans l'oeuvre d'Odilon Redon, à partir des années 1890. Cette éclosion chromatique est magnifiquement rendue dans l'exposition du Grand Palais, avec pour commencer les premiers oeuvres pastel, notamment le célèbre Yeux clos du musée d'Orsay, visage encore pâle émergeant de l'onde dans les tons subtils de l'aube. Puis la couleur se fait plus violente, mélange de tons acides, d'ors, de bleus phosphorescents et de cramoisis violents pour des portraits de profils princiers ou des explosions florales semblables à des feux d'artifice, qui évoquent les tutus étoilés que Degas réalise à la même époque. Redon acquiert une grande audace formelle, libère son pinceau dans des flamboiements lumineux (on songe aux glorieux couchers de soleil du Lorrain), élargit son dessin (sous l'influence de Gauguin notamment), et arrive aux limites de l'abstraction, comme dans cet hallucinant buisson bleu et rouge placé au premier plan de {La Fuite en Egypte} (1902). D'une grande force plastique, ces oeuvres des deux dernières décennies de la vie de l'artiste donnent pourtant la sensation d'une fragilité extrême, le fusain et le pastel pulvérulents paraissant prêts à se décoller de la feuille passée à l'huile grasse. De ces petits joyaux que l'on imagine sertis dans le cabinet d'un amateur à la Des Esseintes, Redon va tirer de grands décors, commandés par ses fidèles mécènes. Les dernières salles de l'exposition transportent le visiteur dans ces environnements cosmiques où flottent fleurs et organismes primitifs, all over qui font écho aux {Nymphéas} de Monet contemporains, et où éclate finalement la vision. Odilon Redon, prince du rêve, au Grand Palais, Paris, du 23 mars au 20 juin 2011, puis au musée Fabre, Montpellier, du 7 juillet au 16 octobre 2011.www.rmn.frLégendes : . Odilon Redon, {Martyr ou Tête de martyr sur une coupe ou Saint Jean}, 1877, Otterlo, Kröller-Müller Museum. Odilon Redon, {Yeux clos}, 1890, Paris, musée d'Orsay. Odilon Redon, {A Edgar Poe / planche I :} {L'oeil, comme un ballon bizarre se dirige vers l'infini}, 1882, Paris, Bibliothèque nationale de France. Odilon Redon, {La Fuite en Egypte}, 1902, collection particulière

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