Matisse, Cézanne, Picasso... L'Aventure des Stein L'exposition miracle

28/10/2011 - 13h46
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Matisse, Cézanne, Picasso... L'Aventure des Stein
Une fratrie américaine, les Stein, dingue de peintures, débarque en France et accompagne la naissance de l'art moderne au début des années 1900. Un siècle plus tard, le Grand Palais réalise le miracle de réunir leur collection dispersée aux quatre coins du monde, par un impressionnant accrochage de deux cents toiles, comptant les plus grands maîtres de la modernité, en particulier henri matisse. Une exposition présentée jusqu'au 16 janvier 2012, à ne surtout pas rater.

Collectionneurs visionnairesLeo Stein arrive le premier en Europe en 1900, s'installe à Paris en 1903 et découvre les peintres qui donneront le ton à la collection familiale. Il sera rapidement rejoint par sa soeur Gertrude qui emménage avec lui et son frère aîné, Michael accompagné de son femme Sarah qui s'installent dans un deuxième appartement. Les Stein, bourgeois mais pas milliardaires pour deux sous, achètent des oeuvres d'art « non pas parce qu'ils étaient riches mais malgré le fait qu'ils ne l'étaient pas » dira d'eux le marchand d'art Ambroise Vollard. Leur collection commence par l'acquisition d'oeuvres du « Big four », comprenant edouard manet, paul cézanne. Leurs premiers achats affichent un certain classicisme, notamment leur importante série de nus allongés. Mais il ne leur faudra pas beaucoup de temps avant de se positionner en faveur de l'avant-garde. La clé de voûte de leur collection et de l'exposition : la toile de Matisse {La Femme au chapeau} (1905) qui fait scandale au Salon d'Automne, à qui l'on reprocha entre autre, son manque de réalisme et l'exploitation singulière de la couleur pour l'époque. Les Stein, en achetant cette oeuvre du « plus fauve des fauves » (première d'une longue liste, Michael et Sarah feront partie des plus importants collectionneurs de Matisse) et en devenant mécènes du jeune Picasso, font preuve d'un flair redoutable, en misant sur des artistes qui seront les figures de proue de l'art moderne et compteront parmi les artistes les plus importants du XXe siècle. Les Stein alimenteront d'ailleurs l'émulation entre les deux peintres. Picasso qui admirait l'oeuvre de Matisse et parlait d'une admiration réciproque, ce qui n'était pas vraiment le cas, s'inspira notamment du {Nu bleu}, souvenir de Biskra (pièce phare de l'exposition) pour {Les Demoiselles d'Avignon}. Ces deux artistes seront aussi à l'origine de la scission entre Gertrude et Leo : la soeur s'enthousiasme du virage cubiste du peintre espagnol, ce que ne comprendra jamais son frère. Car bien que l'aventure des Stein soit commune, notamment autour des premiers Matisse, l'exposition souligne bien les divergences de la fratrie en matière de goût au fil des années : le couple Michael Stein et sa femme Sarah se tournera tout entier vers Matisse, Gertrude vers Picasso et Leo retournera à Renoir. The places to be au début des années 1900Les Stein ne se sont pas contentés d'être de simples clients pour les artistes qu'ils fréquentaient. Ils vivaient parmi eux et faisaient vivre leurs oeuvres. Un diaporama montre les murs de leurs appartements respectifs, envahis jusqu'au plafond de toiles révolutionnaires accrochées en vrac les unes à côté des autres ; et les nombreuses personnalités du monde artistique et littéraire qui se sont rendues aux « samedis des Stein ». Car face à la grande affluence à leur domicile, les Stein avaient décidé de tenir salon tous les samedis dans leurs appartements des 27 rue de Fleurus et 58 rue Madame à Paris. Toute la bohème parisienne se pressait alors pour admirer leur collection, discuter d'art et rencontrer les artistes. Ernest Hemingway, Alfred Stieglitz ou Guillaume Apollinaire figurent parmi les prestigieux visiteurs. Les Stein ont indéniablement marqué leurs contemporains. L'exposition montre à quel point ils ont influencé les artistes, par le regard aiguisé qu'ils posaient sur leurs oeuvres ou par le prêt d'objets de leur collection qui servaient de modèle aux peintres. En 1935, lorsque le couple Michael et Sarah Stein décide de repartir aux États-Unis, Matisse leur adresse une lettre qui en dit long sur l'estime et l'amitié qu'il leur portait : « J'aurais pu reparler avec vous du passé (…) Et depuis, du plaisir que j'avais à vous montrer mon travail chaque fois que je revenais à Paris, et combien je prisais vos appréciations judicieuses guidées par une sensibilité exceptionnelle et une connaissance entière du chemin que j'ai parcouru. Aussi, il me semble que la meilleure partie de mon auditoire est partie avec vous. Les vrais amis sont tellement rares qu'il est douloureux de les voir s'éloigner ». De son côté, Gertrude Stein se rapprocha du fougueux Picasso. On parle de véritable coup de foudre artistique entre ces deux personnalités fortes. Elle encourageait ses recherches cubistes tandis que Picasso était très admiratif de son travail d'écriture. L'exposition est ainsi hantée par leurs portraits (Gertrude par Picasso en 1906, annonciateur des Demoiselles d'Avignon, reste le plus emblématique) et par les autoportraits de leurs favoris (celui de Matisse et de Picasso sont toujours aussi saisissants), qui marquent encore plus cette fusion collectionneurs/artistes. Même si les dernières oeuvres – celles acquises par Gertrude, seule restée à Paris après le départ de ses deux frères - démontrent un certain essoufflement, ce qui touche particulièrement et force toujours l'admiration dans cette « Aventure des Stein », c'est l'indéfectible soutien de cette famille dans tout le processus créatif d'un artiste, non seulement par l'acquisition d'oeuvres « abouties », mais aussi des tâtonnements, des expériences picturales qu'ont proposés des génies comme Matisse ou Picasso. {Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein} au Grand Palais, Galeries nationales, du 5 octobre 2011 au 16 janvier 2012 Légendes des illustrations :- Henri Matisse, {Femme en kimono}, The Courtauld Gallery, Londres, Grande-Bretagne © Succession H. Matisse. Photo : The Courtauld Galery, London, 2011- Henri Matisse, {Femme au chapeau}, San Francisco Museum of Modern Art, don d'Elise S. Haas, San Francisco, USA© Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011- Pablo Picasso, {Autoportrait}, Metropolitan Museum of Art, New York, USA © Succession Picasso 2011- Paul Cézanne, {Les baigneurs}, Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d'Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda

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