Martin Boyce, un Turner Prize 2011 à la sauce écossaise

07/12/2011 - 15h45
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Martin Boyce, un Turner Prize 2011 à la sauce écossaise
L'auteur
Piettre Céline
Céline Piettre

Martin Boyce, le lauréat du célèbre Turner Prize 2011, décerné depuis 1984 à un artiste britannique contemporain de moins de 50 ans, est écossais. II est né en 1967, à Glasgow. Favori des bookmakers britanniques mais outsider pour beaucoup d'autres, comme la chaîne ARTE qui le juge d'emblée (et à tort) trop conceptuel, Martin Boyce a finalement été préféré à ses trois concurrents Georges Shaw, Karla Black et Hilary Lloyd. L'artiste blondinet au sourire discret, pour qui l'art consiste avant tout à « regarder et à penser », a reçu son prix le lundi 5 décembre des mains du photographe de mode Mario Testino. Avec la somme substantielle de 29 000 euros.

S'il n'avait pas l'air si calme, si maître de lui même, Martin Boyce pourrait facilement passer pour un maniaque-obsessionnel. Car son travail se nourrit presque d'un motif angulaire unique, emprunté à L'Arbre cubiste des frères Martel de 1930 et décliné à différentes échelles et dans divers matériaux comme un langage. Mais cette apparente rigidité conceptuelle - d'autres parleront de froideur ou de minimalisme - est adoucie par l'usage de la couleur et de la lumière, à l'image de l'oeuvre réalisée tout spécialement pour le Turner Prize, Do Words Have Voices.

 

Installation qui tient autant de la sculpture que de l'architecture et du design moderniste, dont l'artiste s'amuse à détourner le vocabulaire formel, Do Words Have Voices est un bel exemple de « constructivisme sensoriel ». Une table de bibliothèque surplombée de trois « arbres » au feuillage d'origamis en occupent la majeure partie. Le reste est laissé vacant, espace vide sculpté comme une matière. Parc, jardin public ou privé, naturel ou artificiel, Do Words Have Voices réunit des éléments qui ne vont pas forcément ensemble, mais fonctionnent tels des fragments de mémoire et de lieux, des atmosphères. Autant de paysages imaginaires qui ont su séduire les exigences du jury. Le Frac Bourgogne ne s'y était pas trompé non plus en achetant l'une des oeuvres de l'artiste en 2004...

 

En tant que lauréat du Turner Prizer, Martin Boyce succède à Susan Philipsz, elle aussi originaire de Glasgow. Coïncidence ? Si on met en perspective cette déferlante écossaise avec le transfert de la cérémonie de remise du prix de la Tate au Baltic Art Center, dans le nord-est de l'Angleterre, il semblerait que Londres ne soit plus l'unique capitale des arts en Grande Bretagne. Il serait peut-être particulièrement instructif d'aller mettre notre nez du côté de la Glasgow School of Art, dont Martin Boyce a vanté justement les mérites lors de son discours de remerciement. Glasgow, la nouvelle Berlin !? A suivre...

 

Par Céline Piettre

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