Markus Raetz, l'art en mieux

08/12/2011 - 10h35
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Markus Raetz, l'art en mieux
L'auteur
Piettre Céline
Céline Piettre

Depuis longtemps, on attendait quelqu'un comme Markus Raetz. On rêvait à ses formes élémentaires, à ses horizons d'aluminium, à ses dessins en guise d'énigmes métaphysiques... sans savoir qu'il était déjà là, travaillant dans la quiétude de son atelier bernois. Plus de quarante ans d'une présence aussi discrète - il ne participe jamais aux foires internationales - qu'assidue. Trop jeunes pour l'avoir croisé en 1988 à la Biennale de Venise, on le découvre aujourd'hui avec deux expositions complémentaires. La première dans sa galerie parisienne Farideh Cadot, jusqu'au 30 décembre. La seconde, consacrée à l'oeuvre gravée de l'artiste, jusqu'au 12 février à la BNF-Richelieu. Ensemble, elles révèlent un travail à l'esthétique sobre, mais magnétique, qui attire à lui instantanément comme l'aimant la limaille de fer.

Recommençons à zéro. Oublions tout ce que nous savons de l'art contemporain. Ses tendances, ses dérives mercantiles, ses querelles dogmatiques. Asseyons-nous un moment sur l'un des bancs de la galerie Farideh Cadot, taillé sur mesure par l'artiste lui-même. Amusons-nous à déchiffrer les « perspectives secrètes » de ses anamorphoses, à démêler par l'esprit les trois cercles de Main-tenant (BNF). Donnons-nous un peu de temps, pour une fois, à la contemplation d'une oeuvre qui dynamite en douceur les esthétiques à la mode. Une oeuvre - n'ayons pas peur des mots, aussi désuets soient-ils - intemporelle.

 

Tour de mains et de passe-passe Markus Raetz, c'est d'abord une personnalité à part. Un résistant à la spéculation. Impossible de retrouver ses pièces sur les stands de Miami ou de Dubaï. Tout aussi impossible d'acheter une de ses anciennes oeuvres (qu'il édite toujours en nombre très limité) tant les collectionneurs se les arrachent dès la première exposition, et, singularité, ne les revendent pas. Markus Raetz est un peu un artiste « à l'ancienne », qui fabrique ses pièces lui-même, dévore les livres, s'intéresse aussi bien aux mathématiques qu'aux lois de la perspective, à Piero de la Francesca qu'à Marcel Duchamp. Mais surtout maîtrise comme rarement les techniques de la gravure : aquatinte, héliographie, pointe-sèche, impression à la ficelle et au burin -cette dernière n'ayant presque pas évolué depuis le XIe avec la difficulté que cela implique !.

 

L'artiste est un prestidigitateur. Dans son atelier-laboratoire, il fait des « prestiges », littéralement, comme Magritte avant lui. Plie, cloue, assemble, crayonne. Transforme un bout de tôle en un soleil miroitant sur l'eau (Hublot). Rend ses lettres de noblesse à un plat de spaghetti (Ombre). Donne chair à un fil d'acier (Torsi). Il blague avec les formes (on pense à François Morellet) et ouvre une fenêtre sur l'imaginaire comme la peinture flamande l'ouvrait en son temps sur le paysage (Lucarne). Avec lui le regardeur n'a pas de répit ! Le mouvement de ses sculptures l'invite à voir toujours autrement. A se positionner dans l'espace pour saisir le oui et le non d'une même réalité (la pièce Yes/No). Comme Robert Desnos, son oeuvre Ring, anneau borroméen en laiton, nous rappelle que « le monde est une drôle de chose », à la fois simple et complexe, torse et harmonieuse, qui contient en elle une beauté insondable.

 

Légende : Markus Raetz, détail de Bullauge (Hublot), 2007-2011. Techniques diverses, 155 × 90 × 24 cm, Courtesy of the artist & Galerie Farideh Cadot

 

Par Céline Piettre

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