Manet, inventeur du moderne L'autre Manet

26/04/2011 - 19h35
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Manet, inventeur du moderne
Le musée d'Orsay, institution qui conserve la plus grande collection impressionniste au monde, propose une rétrospective Edouard Manet, événement très attendu. Mais l'accrochage terne, alambiqué et sans souffle, ne rend pas l'hommage attendu à l'immense peintre, dont la vigoureuse ambiguité n'est pas rendue, et où l'on cherche en vain les signes, discrets mais réels, de sa modernité. Profitons-en malgré tout pour aborder l'oeuvre de l'artiste, d'une richesse infinie, sous divers angles plus ou moins habituels.

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sur FluctuatLe rose et le noirTrès influencé, en particulier à ses débuts, par la peinture espagnole (en particulier par Velásquez), edouard manet emploie une palette sombre et fait grand usage du noir, dont il atténue fréquemment la sévérité par des touches de rose, en particulier dans les portraits féminins (voir la série des portraits de Berthe Morisot ou le somptueux profil d'Irma Brunner au pastel). Ce délicieux mélange de tons fait toute la richesse du {Torero mort} de 1864 (prêté par la National Gallery de Washington). Le corps étonnamment sensuel de l'homme mort est vu en raccourci et en biais, la tête vers nous (à l'inverse du célèbre {Christ mort} de andrea mantegna), les pieds raides dressés. Une main est délicatement posée sur la poitrine, le très léger rose de sa ceinture répondant à celui de la muleta que le torero tient encore de l'autre main. De fines touches de rouge indiquent discrètement que le sang a coulé. {Le Torero mort}, 1864-1865, Washington, The National Gallery of Art © Widener Collection, Image courtesy National Gallery of Art, WashingtonEnfancesUne ribambelle de gamins aux joues blanches et pleines, les yeux ronds et le regard mélancolique, parsème l'oeuvre de Manet. Déguisés et accoutrés d'accessoires divers, {Le Petit Lange}, {Le Fifre}, l'{Enfant à l'épée} et le môme malicieux de {Bulles de savon}, présentés à Orsay, révèlent un Manet tendre, capable de saisir, dans ces portraits en pied qui montrent les enfants plus grands que nature, l'ambivalence de la joie enfantine et la grâce de leur maladresse.{Le Fifre}, 1866, Paris, Musée d'Orsay © Musée d'Orsay (dist. RMN) / Patrice SchmidtPsychologiesDès le portrait de Monsieur et Madame Auguste Manet, parents de l'artiste, en 1860, Manet met en place un type de portrait collectif dans lequel les figures, isolées les unes des autres par des positions déviées et des regards fuyant, trahissent le malaise de leur proximité. La toile d'Orsay {Le Balcon} est à cet titre emblématique. Chacun regarde dans une direction différente, il n'y a nulle interaction entre les personnages. Malheureusement absent de l'exposition, {Un Bar aux Folies-Bergères}, ultime toile de l'artiste avant sa mort prématurée en 1883, à l'âge de 51 ans, montre le paroxysme de l'incommunicabilité entre les êtres. Le regard vide de la serveuse est insondable. Le côté paradoxalement « inanimé » de certaines figures de Manet se rapproche de sa pratique de la nature morte : l'infini est palpable dans un bout d'asperge ou dans la clarté d'un regard, tandis qu'une minuscule toile représentant un citron constitue un véritable portrait. {Le Balcon}, 1868-69, Paris, Musée d'Orsay © Musée d'Orsay (dist. RMN) / Patrice SchmidtFranche sensualitéPeintre délicat, Manet ne fait pas forcément dans la retenue quand il s'agit de représenter le corps féminin. Sa {Blonde aux seins nus} est d'une extrême franchise, et la Femme au tub s'exhibe sans fard. Mais la plus grande sensualité s'exprime sans doute chez Manet dans la matière même de sa peinture, soyeuse, onctueuse, lustrée. Les grandes robes des femmes, fouillis de tissus aux multiples froufrous, plis et replis, est, comme chez d'autres peintres, un substitut à la représentation du corps même et de ses anfractuosités. La fameuse {Olympia}, tout compte fait, n'est peut-être pas la plus suggestive de ses figures féminines.{La Blonde aux Seins Nus}, 1875, Musée d'Orsay © Musée d'Orsay (dist. RMN)AbstractionAssez surprenant est le recours à l'abstraction dans certains portraits de Manet. {La Maîtresse de Baudelaire}, le Portrait de Monet ou encore Berthe Morisot à la voilette, dans lequel la fine gaze forme sur le visage de la peintre et amie de l'artiste un masque de mort, décomposent littéralement les faciès, rendant impossible la reconnaissance des individus. Dans la version bostonienne de {L'Exécution de Maximilien}, tableau très politique de 1867 représentant la mort de l'empereur du Mexique, les visages des bourreaux comme de la victime sont brouillés, permettant ainsi à l'événement d'acquérir un universalisme historique.L'Exécution de Maximilien, 1867, Boston, Museum of Fine Arts {Manet, inventeur du Moderne}, au musée d'Orsay, Paris, du 5 avril au 3 juillet 2011.www.musee-orsay.fr

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