Les méandres de Julije Knifer, à (re)découvrir à la galerie Frank Elbaz

25/01/2010 - 18h29
Les méandres de Julije Knifer, à (re)découvrir à la galerie Frank Elbaz
L'auteur
Lesauvage  Magali
Magali Lesauvage

Avec quatre oeuvres dans les collections du Musée national d'Art moderne, une exposition personnelle à la Biennale de Venise en 2001, où il représentait son pays, la Croatie, et une apparition au dernier Printemps de Septembre, on ne peut pas dire que l'artiste Julije Knifer, né en 1924 et décédé en 2004, soit totalement inconnu des institutions. Pourtant, en France, où il s'était installé au début des années 1990, on connaît très mal l'oeuvre de ce peintre abstrait, qui dès la fin des années 1950, influencé par la systématisation des formes de François Morellet, fera du méandre le motif principal et obsédant de ses toiles ou de ses oeuvres au graphite sur papier, pour lesquelles il revendique une forme d'« anti-peinture ».Pensée par l'historien d'art Arnauld Pierre, l'exposition Knifer.Lignes.Autoportraits que lui consacre la galerie Frank Elbaz, qui a suivi l'artiste dans ses dernières années, ne rassemble qu'une dizaine d'oeuvres (dont une sculpture), mais elles suffisent à prouver la puissance formelle et l'évidence du travail de Knifer. Le peintre emprunte au décor grec le motif géométrique du méandre, systématisation hypnotique de la ligne brisée à angle droit, qu'il élargit et aplatit jusqu'à ce qu'il devienne incompréhensible. Selon Arnauld Pierre, le méandre est « une figure dont chacune des inflexions semble traduire le rythme d'une durée intérieure (...) Si le méandre est ligne de temps, il est donc aussi ligne de vie ».A l'exception d'une toile bleu et or, le noir, tantôt mat ou brillant, dispute au blanc, par aplats, le territoire de la toile ou du papier, tel un fleuve lent et lourd façonnant les reliefs d'un paysage. On pense à pierre soulages, bien sûr, mais aussi aux wall paintings de Tania Mouraud, segments de phrases qui à force d'agrandissement deviennent des motifs abstraits.Trois autoportraits au crayon datés de 1949 à 1952 font également référence au temps par la scansion des dates. « Habiter la durée », tel est l'obsédante quête de Julije Knifer. A (re)découvrir absolument.Knifer.Lignes.Autoportraits, commissaire : Arnauld Pierre, à la galerie Frank Elbaz, 7 rue Saint-Claude, Paris 3e, jusqu'au 20 février 2010. www.galeriefrankelbaz.com Ill. Julije Knifer, AP 49/2, 2004, acrylique sur toile, 150 x 150 cm. Courtesy de la galerie Frank Elbaz, Paris

Par Magali Lesauvage

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