Les artistes et Internet : work in progress Un rendez-vous manqué ?

17/08/2011 - 14h40
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Les artistes et Internet : work in progress
Les musiciens l'ont conquis depuis une bonne dizaine d'années, à tel point qu'il est quasi inconcevable aujourd'hui de ne pas diffuser sa musique sur Internet. Les artistes plasticiens, en revanche, à qui le web offre pourtant de multiples modes de diffusion, ne se sont toujours pas mis à la révolution numérique. Analyse d'un rendez-vous (pour l'instant) manqué.

On ne parlera pas ici d'arts numériques, ni de Net Art, Pixel Art, WebDesign, Software Art,

(!), et j'en passe, vaste océan de pratiques ayant pour base la combinaison plus ou moins créative du 1 et du 0. Ce qui nous préoccupe (littéralement) ici, c'est plutôt la manière dont les artistes plasticiens, quels que soient leur médium de prédilection et leur tranche d'âge, ne se sont pas (encore) appropriés Internet pour diffuser leurs oeuvres, proposer des espaces de rencontre, voire exposer leur travail — bref, faire leur promo. Personal BrandingOutil de personal branding incomparable, Internet permet en effet de se faire connaître, et les artistes, malgré leurs scrupules naturels à se vendre, en ont grand besoin. Premier constat : les artistes plasticiens sont très peu 2.0, et assez peu intéressés, pour la plupart, par les réseaux sociaux. Certes sur Facebook, ils sont légions. Mais un peu comme tout le monde finalement, et pas forcément pour parler de leur travail. Sur leurs profils, qu'ils soient plus ou moins connus, ils mettent plus volontiers en ligne leurs pics d'apéros ou de tableaux d'affichage d'aéroports que des images de leurs oeuvres ou des liens vers leur site. Sauf exceptions, certains n'hésitant pas à poster sur les murs de journalistes et de commissaires d'expos des liens honteusement auto-promotionnels (comme tout le monde, là aussi)…Quant à Twitter ou plus récemment Google+, n'en parlons pas, les artistes qui en font usage sont très peu nombreux, et n'y parlent généralement pas d'eux, ni même d'art. On en finirait même par ce poser la question : les artistes ont-ils quelque chose à faire sur Internet ? En apparence non, pourtant une grande majorité a son site perso, généralement décliné en rubriques immuables : actualités, bio (généralement une liste des expos passées), oeuvres, textes, contact — le tout en anglais, globalisation des circuits de l'art oblige. Si le travail de nombreux plasticiens s'accommode mal d'une retranscription sur un écran 15 pouces (pensons notamment aux vidéastes qui voient leurs films repris en format crado sur Youtube), on peut imaginer qu'il y aurait mieux à faire que cela (ou autant aller sur LinkedIn ou Viadeo, comme quelques uns le font d'ailleurs).Montre-moi ton siteUn site d'artiste, c'est donc souvent un déroulé d'informations, agrémenté d'une galerie photo qui rend compte de manière plus ou moins exhaustive de son travail. Certes indispensable, mais d'un ennui profond — on ne citera pas de noms, tapez celui de n'importe quel artiste dans Google, vous verrez. Cependant on peut s'étonner que la plupart des plasticiens fassent si peu de cas d'Internet comme outil qui permet non seulement de présenter un CV convenablement, mais aussi d'illustrer sa démarche et ses intentions autrement que comme dans un catalogue d'expo classique. Plateforme aux capacités créatives multiples, le site Internet est le lieu idéal pour mettre à la disposition du spectateur, de manière inventive, les ressorts d'un travail, le making of d'une oeuvre, ses intentions, ses ramifications, etc. A titre d'exemples de sites Internet qui affichent le dessous des oeuvres, citons celui des frères Jake et Dinos Chapman, où l'on peut voir une série de snapshots de leur

. Au-delà de l'outil promotionnel, Internet peut aussi servir des initiatives intéressantes et même devenir un espace d'exposition à part entière (avec de vrais gens qui se rencontrent vraiment !). C'est le cas des

initiés par l'artiste allemand Aram Bartholl, artiste affilié au F.A.T. (Free Art & Technology) Lab, collectif d'artistes geeks qui souhaitent oeuvrer en conciliant « open source et pop culture ». L'idée est simple : squatter un cyber café, louer tous les ordinateurs et organiser une exposition collective d'oeuvres visibles en ligne sur les écrans à disposition. L'expo est en entrée libre, et ne doit en aucun cas perturber la routine du cyber café. Lancés à Berlin en juin 2010, une vingtaine de Speed Shows ont déjà eu lieu. Et semblent avoir déjà réconcilier certains artistes avec le world wide web.

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