
En 2007, le Musée Jules Chéret de Nice se faisait facilement dérober des toiles de maîtres pour un butin estimé à 22 millions d'euros, comprenant deux huiles sur bois de Brueghel l'Ancien, deux allégories de Hendrick van Balen, ainsi que Falaises près de Dieppe de claude monet et Allée de peupliers de Moret de Sisley. Deux tableaux au passé déjà mouvementé puisqu'ils avaient déjà fait l'objet d'un vol dans les mêmes locaux en 1998, par Jean Fornéris, le propre conservateur du Musée à l'époque, qui écopa d'une peine de cinq ans de prison.
Le vol de 2007 est lui, digne d'un scénario hollywoodien : c'est l'histoire d'un agent du FBI - Robert K. Wittman - spécialisé dans la traque d'oeuvres d'art, qui, en 2006, pense remonter en France la piste de tableaux volés en 1990 au Gardner Museum de Boston, parmi lesquels un Rembrandt et un Vermeer. Bernard Ternus, un ancien braqueur originaire de Bandol et fraîchement installé en Floride sera son ticket d'entrée. Wittman se fait alors passer pour un marchand d'art et appâte le varois à coups de yacht, de faux diamants et d'escort girls (qui sont en réalité des agents du FBI). Ternus fait très vite circuler l'info : de riches acheteurs américains seraient intéressés par des tableaux de maîtres, surtout hollandais. Un an plus tard, en 2007, le musée de Nice est dévalisé par un gang de braqueurs qui seront interpellés lors de la transaction finale à Marseille et dans sa région en 2008. Ternus est arrêté dans la foulée en Floride, où il effectue actuellement une peine de prison de cinq ans et deux mois.
Sauf qu'il y a hic dans tout cela : dans quelle mesure Wittman a provoqué ce qu'il avait pour mission de combattre ? Sans le « pousse au crime » de l'agent, les toiles auraient-elles été autant convoitées ? C'est du moins la ligne de défense de Me Ludovic Depatureaux, l'avocat d'un des prévenus. Le procès devant la cour d'Assises des Bouches-du-Rhône qui débute aujourd'hui tâchera de déterminer la part de responsabilité du FBI. En attendant le verdict, on peut toujours lire Inestimable, le récit de Robert K. Wittman sorti en avril dernier aux éditions Sonatine, best-seller aux Etats-Unis, dans lequel il explique entre autres affaires, comment il a mis en déroute les voleurs du Musée Chéret.
Voir aussi : le diaporama des plus célèbres vols d'oeuvres d'art
Illustration tirée du film Ordinary Decent Criminal de Thaddeus O'Sullivan