Le centre Pompidou chez les ploucs : le lancement raté du Musée mobile

18/11/2011 - 14h07
Le centre Pompidou chez les ploucs : le lancement raté du Musée mobile

Oyez, oyez, braves gens ! Jusqu'en janvier 2014, le Centre Pompidou part sur les routes de France pour nous offrir sur un plateau une quinzaine d'oeuvres majeures de sa collection !

Après le succès de Pompidou-Metz, l'institution parisienne part à la conquête des villes de province avec son musée mobile, à commencer par Chaumont (la ville du Ministre de l'Education nationale Luc Chatel) jusqu'en janvier 2012, puis se poursuivra à Boulogne-sur-mer, Cambrai, Libourne, Le Havre, Nantes et finira son périple à Aubagne en 2014. Sorte de chapiteaux de cirque design réalisés par l'architecte spécialiste des structures éphémères, Patrick Bouchain, les trois modules accueillent les oeuvres d'artistes majeurs comme Picasso, Matisse, Klein, Dubuffet, Léger ou Niki de Saint-Phalle, autour d'une exposition au thème pas forcément très original : la couleur. Mais ce n'est pas tant le contenu de l'exposition - on fait confiance à Emma Lavigne, commissaire de l'exposition, pour avoir concocté une exposition cohérente et présentée dans de bonnes conditions -, ni les impressionnantes contraintes d'assurance et de conditionnement de ces oeuvres qui valent des millions qui intéressent ici, mais plutôt le sens d'une telle démarche et ce qu'elle révèle finalement : l'hégémonie parisienne derrière le simulacre de décentralisation culturelle.

Car ce qui pourrait être considéré comme un acte généreux, «si tu ne viens pas à Pompidou, Pompidou viendra à toi », est aussitôt corrompu par une pensée parisianiste sous-jacente, exprimée par le chef de l'Etat lui-même lors de l'inauguration à Chaumont, en s'adressant à de jeunes visiteurs : « ça vous donne envie d'aller à Beaubourg à Paris, pour voir la totalité des oeuvres ? ». Le but de ce musée mobile est-il d'inciter les provinciaux à visiter la capitale ou de les faire pâlir d'envie avec ce petit échantillon d'oeuvres d'art ? Bien sûr que non ! L'objectif principal serait avant tout de partager un peu du trop-plein parisien avec la province qui récupère habituellement les miettes (la couverture médiatique des expositions reste très centrée sur les événements parisiens).

 

Mais de manière pérenne, pas seulement l'espace d'un trimestre (qui coûtera la bagatelle de 250 000 € à chaque commune qui accueillera le musée mobile). Des entreprises de décentralisation comme celle de Pompidou-Metz (qui a fêté son millionième visiteur en octobre dernier depuis son ouverture en mai) sont la preuve vivante que cela fonctionne et qu'il en faudrait davantage, mais pourquoi l'avoir baptisé ainsi ? Pompidou et le Louvre sont devenus les nouveaux conquistador du monde de l'art : Louvre-Lens, Louvre-Abou Dabi, Pompidou-Metz... Et le dernier venu de la gamme Pompidou enfonce un peu plus le clou d'une institution qui a de plus en plus les allures d'une marque qui cherche des nouveaux marchés... chez les ploucs ! Car, le Pompidou mobile donne un peu trop le sentiment que Paris se déplace pour venir éclairer ces « pauvres » provinciaux. L'architecte Patrick Bouchain vient finalement appuyer ces soupçons de condescendance : « Cet endroit (en parlant du terrain aménagé à Chaumont, ndlr) qui n'était rien, demain, il sera internationalement connu » (Extrait du 19/20 Le Mag de France 3 Champagne-Ardenne daté du 13 octobre 2011). Alors ? Merci qui ?

 

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