
Dommage qu'il faille être équipé comme un écolier le jour de la rentrée des classes - feuilles de salles plein les poches et programme toujours à portée de main - pour se repérer dans les espaces du Centre Pompidou dédiés au Nouveau Festival (22 février - 12 mars). Car la troisième édition de ce rendez-vous transdisciplinaire, qui met spectacle vivant, performance et arts plastiques sur le même plan, est sans conteste la meilleure jusqu'à ce jour. De terreurs esthétiques en rencontres impromptues, on se laisse séduire par une atmosphère emplie de sortilèges. Quelques conseils en forme de mode d'emploi pour visiter au mieux, et sans boussole, ce rhizome déroutant mais captivant. 1/ Feuilles de salles obligatoiresIci, pas de cartels à même les murs des expositions, et des événements éclatés dans tout le Centre Pompidou, de l'Espace 315 à la Grande Salle du niveau -1. Donc, un maître mot : équipez-vous. En feuilles de salle bien sûr - quatre rien que pour la Galerie sud! - , en programmes - les horaires des nombreux rendez-vous (lectures performées, spectacles, conférences) y sont reportés avec précisions. N'hésitez pas non plus, en cas de désorientation soudaine, à solliciter les médiateurs présents en nombre.2/ Oubliez les commissariatsAu nombre de sept, les commissaires se répartissent les espaces dans une cacophonie bruyante. L'idée est de croiser les thématiques (science, téléportation, occultisme, enfance, mémoire) en rendant poreuses les frontières sémantiques et géographiques. Et comme si ce n'était pas déjà assez compliqué, les commissariats sont répartis sur différents lieux. Un conseil, ne pas chercher à tout prix à savoir où vous êtes. Laissez-vous aller à la déambulation, les liens se feront tout seuls. Quitte à lâcher de temps en temps les feuilles de salle. Comme Orphée aux enfers, marchez à l'aveugle. 3/ La Galerie sud : le morceau de choix En entrant dans le Centre Pompidou, tournez à droite, prenez l'escalator et continuez jusqu'à la Galerie sud. Vous ne pouvez pas la rater, c'est la dernière porte sur la gauche. Vous voilà dans le coeur tendre du Nouveau Festival. Quatre invités s'y partagent l'espace : l'artiste Giselle Vienne et l'écrivain Dennis Cooper pour Read into my Black Holes, le critique d'art Paul Bernard avec la Voix Dissociée, Pascal Rousseau et ses Mystères de l'ouest, et la réalisatrice Valérie Mréjen pour W, Sebald Fiction. Entre vérités cachées et sciences occultes (Pascal Rousseau), ventriloquie (Paul Bernard) et exploration par la parole d'une oeuvre littéraire (Valérie Mréjen), la promenade est fertile. Sur le chemin, on fait des rencontres magnétiques : les croquis de Jean-Luc Verna et Félicien Rops, la bouche orpheline de Beckett et son fameux : « Qui parle? », les dessins visionnaires de Claude Bragdon et l'architecte-démiurge de Cécile Duval, plongé dans la construction d'un château de cartes éphémère... 4/ Un petit tour par l'Espace 315Gisèle Vienne y expose ses poupées désarticulées (glaçant, et quelque peu sibyllin), mais surtout y présente son solo pour un marionnettiste, Jerk, interprétée par Jonathan Capdevielle. Attention, les horaires des représentations varient d'un jour à l'autre... 5/ Osez le niveau - 1Alors que la Grande Salle accueille les spectacles de danse (avec notamment Fase de Anne Teresa de Keersmaeker, malheureusement déjà complet, et Them, spectacle culte de la danse américaine des années 1980), la Petite Salle propose un complément aux expositions de la Galerie sud (celles de Paul Bernard et Valérie Mréjen) mais aussi un cycle de conférences sur le jeu, orchestré par Elie During et l'artiste Julien Prévieux. Quelques projections auront lieu dans le cinéma 2, et le cinéma 1 (ce dernier à l'étage). 6/ Séances de spiritisme au Forum Toujours au niveau - 1 mais cette fois dans le Forum, juste en bas des escaliers, le cinéaste Guy Madin nous invite à une séance de spiritisme un peu particulière, où sont convoqués les fantômes du cinéma : projets oubliés, avortés ou contrariés. Des Lubitsch, Hitchcock ou Mizoguchi inédits, ressuscités en 17 petits films tournés en public. Et pour vous donner encore plus envie de ce Nouveau festival, un extrait du film de Jean Painlevé, présenté par Pascal Rousseau : La Quatrième dimension (1937).
Par Céline Piettre Follow @CelCle
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