
Le vidéaste et réalisateur Steve McQueen (I), auteur du film Hunger primé à Cannes en 2008 et artiste représentant la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise cette année fut, aussi étrange que cela puisse paraître, « l'artiste officiel de la guerre en Irak » pendant la période d'intervention des soldats britanniques, interrompue en mai dernier.
Afin de célébrer la mémoire de 155 hommes et femmes morts lors de leur service en Irak, l'artiste a eu l'idée de faire réaliser des timbres à leur effigie, avec l'accord de leur famille et le soutien de l'association d'aide artistique Art Fund. A la fois plus directe et plus visible qu'un monument en bronze classique du type « A nos chers disparus » que l'on retrouve dans presque chaque ville d'Europe depuis la Première Guerre mondiale, la diffusion de ces timbres oblige chacun, à un moment ou un autre, à se confronter au visage d'un individu disparu, souvent dans un très jeune âge : Sarah Janes Holmes, 26 ans, Timothy Darren Flowers, 25 ans, Matthew « Lip » Colwell, 22 ans, Eleanor Dlugosz, 19 ans...
Afin de sensibiliser le public à l'opération, une exposition circule actuellement en Grande-Bretagne sous la forme d'un cabinet dans lequel sont juxtaposées les planches de timbres. Or le projet, intitulé « Queen and Country », reste inachevé tant que le Royal Mail ne donne pas son accord pour éditer officiellement les images sur de vrais timbres. Une pétition en ce sens a réuni à ce jour plus de 20 000 signatures. Sur le site consacré au projet, des familles de soldats témoignent de leur enthousiasme à voir la photo de leur enfant diffusée - tandis que d'autres ont refusé, pour des raisons personnelles évidentes.
Ill. Timbres à l'effigie de Christopher Maddison, Royal Marines, décédé le 30 mars 2003, à l'âge de 24 ans.
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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