
Brouiller les pistes, réinitialiser les règles, aborder les tabous les plus divers. C'est comme art de la subversion que l'on pourrait définir l'oeuvre de General Idea, dont le travail de sape, débuté en 1969, à l'ère du « Flower Power » et de l'Internationale Situationniste, prit pour première cible le milieu de l'art et ses mécanismes pervers. Se revendiquant comme « parasites culturels », AA Bronson, Felix Partz et Jorge Zontal, qui vivent et travaillent ensemble, fondent à Toronto un collectif, afin de « {se libérer de la tyrannie du génie individuel} ». La société des imagesPrenant leurs distances avec la vision romantique de l'artiste en proie à une inspiration {bigger than life} et du génie irrépressible, porté aux nues par la mythologie de l'art moderne, ces proto-artistes contemporains s'emparent du réel pour dénoncer la société des images. AA Bronson annonce le programme : « {L'environnement, en Amérique du Nord, est dominé par les mass médias, il n'y a donc plus aucun sentiment de réalité. ( ) Notre riposte consiste à bâtir notre propre construction, qui tord et déforme la réalité des médias} ».Dans une démarche sémiotique complexe, General Idea va donc élaborer un système de signes à partir d'emblèmes symboliques qui constituent une sorte d'héraldique (exposée sous forme de blasons dans le hall du musée), et forment les jalons de leur oeuvre. Une revue, {FILE}, inverse du fameux magazine {LIFE}, sera même dédiée à la diffusion de leurs travaux.L'artiste glamourA l'occasion de performances, les Canadiens mettent en scène Miss General Idea, muse fictive qui fait aussi l'objet d'un concours de beauté, rappel ironique du processus de création et de validation de l'oeuvre d'art par l'institution. Pour General Idea, le « glamour » est une qualité indispensable à la reconnaissance de l'artiste. Aussi créent-ils des accessoires adéquats, notamment une chaussure à talon aiguille qui devient un compas de dessinateur... Le caniche est une autre de leurs icônes fétiches, en tant que symbole gay du « bichon », ayant « l'instinct de plaire ». On le retrouve peint ou sculpté sous de multiples formes dans les pseudo-ruines pompéiennes d'un palais mythique, le Pavillon de Miss General Idea, en forme de ziggourat (autre symbole récurrent), mais aussi mis en scène dans des positions triolistes inspirées du Kama Sutra. En tant que métaphore de la « viralité » de l'image et de l'oeuvre d'art dans les médias de masse, le SIDA est dès 1987 l'un des sujets de prédilection du trio de Toronto. Une peinture figurant les quatre lettres AIDS, superposées à la manière de la célèbre sculpture LOVE de Robert Indiana, devient un nouvel emblème, décliné sous des formes multiples et disséminé dans la ville comme « Image Virus ». De même les médicaments, notamment des gélules géantes évoquant des cercueils, sont multipliés à l'infini comme des oeuvres d'art « virales ». Douloureuse ironie, la maladie atteint deux des membres du trio. L'aventure General Idea s'achève en 1994 avec la disparition de Felix Partz et Jorge Zontal. Insidieuse, leur oeuvre continue cependant à s'immiscer dans les interstices d'une société qui n'a jamais autant glorifié les images. General Idea, {Haute Culture, une rétrospective}, 1969-1994, au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, du 11 février au 30 avril 2011. www.mam.paris.frLégendes des illustrations :. Glamour, 1975, Spread from {FILE} Megazine, vol. 3, no. 1., autumn 1975, Glamour Issue, pp. 20-21. Courtesy the Estate of General Idea. {Nazi Milk}, 1979-1990, Chromogenic print (Ektachrome). Courtesy the Estate of General Idea. {No Mean Feet}, 1973-1974, Gelatin silver print. Courtesy the Estate of General Idea. {Mondo Cane Kama Sutra}, 1984, Set of 10, acrylic on canvas. Courtesy the Estate of General Idea / Galerie Frédéric Giroux, Paris / Galerie mai 36, Zürich / Galerie Esther Schipper, Berlin. Photo Stefan Altenburger. {Blue (Cobalt) PLA©EBO} (a.k.a Blue (Mazarine) PLA©EBO), 1992, Installations, 3 units, fiberglas, enamel, Installation view, General Idea, Galerie Montenay, Paris, 1992. Courtesy the Estate of General Idea / Frédéric Giroux