La (dé)mesure d'Evariste Richer en 226 pages

28/12/2009 - 09h29
La (dé)mesure d'Evariste Richer en 226 pages
L'auteur
Lesauvage  Magali
Magali Lesauvage

Evariste Richer est un artiste de la (dé)mesure, comme en témoigne (enfin) un catalogue monographique publié cet automne. Co-édité par La Galerie, Centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec, le FRAC Lorraine, la galerie schleicher+lange et les éditions B42, avec l'aide du CNAP, Slow Snow est réalisé dans un graphisme léger et subtilement décliné, dû à Frédéric Teschner (également auteur de l'identité visuelle du Théâtre de Gennevilliers cette saison ou du centre d'art Les Eglises de Chelles). Divisé en trois parties comme autant de strates dans l'oeuvre de l'artiste âgé de quarante ans (images, analyses des oeuvres, analyse de l'oeuvre), le catalogue reprend pas à pas la parfaite cohérence d'un travail qui, du Mètre agrandi de 1994 (photographie agrandie à environ deux mètres d'une règle d'un mètre de long), à Ecran (2008), papier sérigraphié de petits points, s'évertue depuis une quinzaine d'années à faire mentir les instruments de mesure du monde — sondes d'avanches graduées, papiers millimétrés réalisés à main levée, niveau à bulle circulaire — produisant souvent un singulier vertige.Ainsi chez Richer, un lingot cloisonné d'une balle en plomb est un Lingot mort, un grêlomètre d'agriculteur permet de réaliser un all over progressif (Energie cinétique), les relevés du Cumul pluviométrique produisent des toiles abstraites évanescentes, une bobine de 8849 mètres de fil de cuivre illustre une métonymie de L'Everest et un dé tournant sur lui-même à toute vitesse devient un Grêlon noir.Mesurant le monde, Richer en révèle aux yeux du spectateur la beauté étrange et violente, à travers des phénomènes naturels énigmatiques : une tranche de palmier fossilisé assemblée à un nuage de sel cristallisé devient un Souvenir fumant, et une machine extraordinaire, la Terrella, reproduit en format réduit une aurore boréale. Lorsque l'artiste insère un tube de néon dans une Fulgurite, morceau de verre tubulaire formé par un impact de foudre dans le sable, ou expose un néon, qui à chaque coucher de soleil s'allume, reproduisant le phénomène du « rayon vert », c'est bien de miracle qu'il est question.L'économie de moyens sert l'impact visuel des oeuvres et leur profonde poésie, comme le souligne dans le catalogue Marie Cantos, qui livre pour chaque oeuvre une analyse précise et inspirée. Chris Sharp revient sur la filiation conceptuelle de l'oeuvre, et Pascal Rousseau insiste sur la notion (à la mode) de « sérendipité » (ou trouvaille fortuite) présente, notamment, dans les travaux d'Evariste Richer ayant trait à la photographie, comme ce diptyque à l'encre de seiche, Bourreau/Victime, qui renvoie au Blow Up d'michelangelo antonioni et à l'idée d'image intersticielle dans l'image — une question de mesure, en somme.Evariste Richer. Slow SnowTextes de Marie Cantos, Julien Fronsacq, Béatrice Josse et Marianne Lanavère, Pascal Rousseau, Chris SharpCo-édition La Galerie, Centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec, 49 Nord 6 Est FRAC Lorraine, galerie schleicher+lange, Paris, Editions B42, avec le concours du CNAP (aide au premier catalogue)Conception graphique : Frédéric Teschner Studio226 pages26 eurosDiffusion : Le Comptoir des IndépendantsIll. Evariste Richer, Fulgurite, 2008. Courtesy galerie schleicher+lange, Paris

Par Magali Lesauvage

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