La Joconde et son double

02/02/2012 - 16h51
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La Joconde et son double
L'auteur
Piettre Céline
Céline Piettre

 

Depuis quelques heures, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Notre précieuse Joconde nationale aurait trouvé sa soeur jumelle en une copie quasi identique exhumée des réserves du Musée du Prado. Certainement réalisée par un des proches disciples de Léonard de Vinci, Andrea Salai (son amant) ou Francesco Melzi, elle se démarque des nombreuses répliques déjà existantes. D'abord par la date de son exécution, contemporaine de l'originale (1505). Par son exceptionnel état de conversation ensuite, qui nous donne une idée de l'éclat de Mona Lisa dans la fleur de l'âge. Et enfin, par la très grande proximité entre les deux toiles - même les dessins sous-jacents, examinés grâce aux techniques de réflectographie infrarouge, sont similaires. Cela à quelques exceptions près, la petite dernière étant peinte sur du noyer et non sur du peuplier, une rareté dans l'Italie florentine du XVIe siècle. C'est sa restauration récente par le musée madrilène qui, en révélant le paysage de l'arrière plan dissimulé jusqu'alors sous un fond noir datant du XVIIIe siècle, a mis le feu aux poudres justement, propulsant le tableau en haut des charts des copies connues. La Mona Lisa espagnole devrait bientôt rencontrer sa grande soeur au Musée du Louvre, à l'occasion de l'exposition consacrée au maître toscan en mars prochain. Sa découverte pourrait aussi relancer le débat houleux autour de l'éventuel « nettoyage » de la toile française, dont les pigments jaunis par le temps gênent, pour certains conservateurs, la lisibilité de l'oeuvre. Les détails du jabot et du voile sont d'ailleurs observables pour la première fois sur la version dupliquée, beaucoup plus lumineuse.

 

Quoiqu'il en soit, finie l'exclusivité. La Joconde parisienne n'est plus seule. Son double sonnera peut-être la fin de la jocondophilie (brillamment moquée par Jean Margat en 1959 dans son Traité de Jocondoclastie) et qui a rempli les salles et les caisses du Musée du Louvre. Car à tort ou à raison, éminente trouvaille scientifique ou pâle reproduction, la Mona Lisa ibérique risque de devenir une curiosité touristique à haut pouvoir attractif...

 

La Joconde du Musée du Louvre (à gauche) et La Joconde du Musée du Prado (à droite). Courtesy afp.com/Jean-Pierre Muller-Javier Sorian 

 

Par Céline Piettre

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