
Publiées in extenso il y a quelques mois (en France chez Actes Sud) et consultables sur Internet, les centaines de lettres écrites (ou reçues) par vincent van gogh en disent long sur l'oeuvre comme sur la vie de l'artiste, de ses réflexions théoriques sur l'art à des considérations d'ordre purement matériel. On y apprend notamment que Van Gogh n'a jamais été réellement dans le besoin, grâce au support de son frère Theo, et qu'il connaissait déjà un certain succès critique, ce qui déconstruit partiellement le mythe de « l'artiste maudit ».Les chercheurs à l'origine de cette monumentale entreprise éditoriale ont ainsi mis à jour ce qui pourrait être la clé du fameux épisode tragique de « l'oreille coupée ». Le 24 décembre 1888, Van Gogh, qui est à Arles avec paul gauguin, se dispute violemment avec son ami, et après l'avoir menacé de le tuer, se coupe le lobe de l'oreille gauche (et non pas toute l'oreille), avant d'aller l'offrir à une prostituée. Une enveloppe, représentée sur la toile Nature morte avec carton à dessin et oignons du Kröller-Müller Museum d'Otterlo, a été identifiée comme celle renfermant la lettre dans laquelle Theo annonçait à son frère ses fiançailles avec Jo Bonger. La lettre arriva sans doute le 23 décembre 1888, la veille de la crise de folie de Vincent. La nature morte d'Otterlo a été peinte à Arles quelques jours après le retour du peintre de son hospitalisation, en janvier 1889. On a souvent évoqué les tensions avec Gauguin — voire accusé Gauguin lui-même d'avoir blessé son compagnon — comme élément déclencheur de l'auto-mutilation de Van Gogh. L'annonce par son frère Theo, l'être qui lui fut le plus proche, de son futur mariage, pourrait avoir provoqué chez Van Gogh un sentiment d'abandon et une terrible angoisse. La vérité se situe sans doute au confluent de ces divers éléments, l'extrême fragilité psychique de l'artiste en étant la principale cause.A consulter : www.vangoghletters.orgA lire : Vincent Van Gogh, Les Lettres, édition critique complète illustrée, sous la direction de Leo Jansen, Hans Luijten et Nienke Bakker, co-édition Actes Sud, Van Gogh Museum, Huygens Institute, 2009, 2180 pages, 360 eurosA voir : l'exposition The Real Van Gogh: The Artist and His Letters, à la Royal Academy, Londres, du 23 janvier au 18 avril wwwIll. Vincent Van Gogh, Nature morte avec carton à dessin et oignons, 1889, Otterlo, Kröller-Müller Museum
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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