L'été de l'art Bons plans

03/08/2012 - 11h23
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L’été a ses tubes, ses clubs, ses playlists, ses festivals de musique et ses romans de plage… mais aussi ses rendez-vous artistiques ; et ce malgré un mois d’août toujours plus calme. Voilà en quelques lignes les incontournables de la saison 2012 : les expositions estivales à ne pas manquer, les tendances, les livres de l’été et les scandales du moment. Tout est là. Sous le soleil, les cimaises…

 1/ Les têtes d’affiche : Le Caravage et Antoni Tapiès

Le premier, icône de la peinture baroque, aurait 341 ans aujourd’hui ; le second est mort cette année dans sa ville natale de Barcelone. Ils n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est d’être les deux vedettes incontestables de l’été 2012. Bénéficiant d’une double exposition au Musée Fabre à Montpellier et au Musée de Toulouse, l’œuvre du Caravage se découvre sous l’angle de ses nombreux disciples : une promenade en clair obscur entre jouissance et violence, d’Artemisia à Delatour. Quant à l’artiste espagnol Antoni Tapiès, le musée de Céret lui rend un superbe hommage avec une rétrospective qui n’a rien à envier aux expositions parisiennes. Une sélection et un accrochage irréprochables nous font voyager dans son œuvre, des tréfonds sensibles de la matière aux surfaces transparentes travaillées au vernis et à l’encre. A force de voir et revoir ses mêmes œuvres récentes, on avait oublié la beauté primitive, l’incroyable spiritualité picturale du peintre et sculpteur catalan. Merci !

 

2/Le summer festival : The Tanks à la Tate Modern de Londres

Depuis le 27 juillet, Londres vit au rythme des J.O. La Tate modern profite de cette effervescence pour inaugurer son nouvel espace sous-terrain dédié à la performance : les Oil tanks, deux anciens réservoirs de mazout creusés dans le béton, première étape de l’extension du bâtiment supervisée par Jacques Herzog et Pierre de Meuron et prévue pour 2016. S’y succèdent, et jusqu’au 28 octobre, les performances d’Anne Teresa de Keersmaeker, Tania Bruguera ou Boris Charmatz, intégrées par la même occasion dans les collections du musée. La Tate Modern devient le nouveau lieu de conservation, de réflexion et de mise en scène du corps, stade excepté…

3/ Le roman sentimental : la Joconde intime

Après un premier roman sur Jean-Michel Basquiat, la critique d’art Anaïd Demir s’attaque au chef-d’œuvre de Vinci, dit la Gioconda, icône des cimaises et des boutiques de souvenirs. Pour nous dévoiler tous les petits secrets de notre chère Monna Lisa, l’auteure use d’une figure de style aussi vieille que la littérature : l’allégorie. Et oui, ici la Joconde parle, livre ses pensées intimes, s’épanche ! Cette Monna là a des airs de midinettes, se rêve dans les Noces de Cana de Véronèse, tombe amoureuse d’un mystérieux photographe, s’offusque des moustaches dont on l’affuble et des identités farfelues qu’on lui prête… Léger comme un roman à l’eau de rose coupé à l’éthanol, La Joconde intime se sirote avec une délectation amusée. Certains penseront que la légèreté n’est pas de mise en histoire de l’art. Ils se trompent. Malgré ses défauts (tout le monde en a !), le livre en dit beaucoup sur l’œuvre, le Louvre et l’art, de la Renaissance au XXe siècle. A troquer cet été contre votre précis d’esthétique. La peinture s’y découvre plus sensible, vivante.

4/ La BD parodique : Les Amateurs

Brecht Evens est un peu le Léonard de Vinci de la bande-dessinée. L’homme excelle en tout : scénarios caustiques et singuliers, planches sans encadrement ni bulle recouvertes de gouache ou d’aquarelle, personnages découpés au scalpel. Son dernier chef-d’œuvre – non, nous n’exagérons rien ! –, sorti en mars 2012, raconte l’histoire de Pieterjan, un artiste contemporain invité à une biennale locale. En 226 pages, le jeune dessinateur belge analyse avec l’acuité d’un sociologue les relations qui se tissent dans ce microcosme voué à la création. Drôle, sensible, les Amateurs doivent impérativement se retrouver entre vos mains, que l’art contemporain vous passionne, vous horripile ou vous laisse complètement indifférents.

5/ La tendance arty : le tatouage d’artistes

Tandis que Chanel lance sa gamme de tatouages éphémères – nom savant pour décalcomanies ! –, d’autres proposent des tattoos d’artistes. Antichose ou TATTYOO, qui travaillent avec des graphistes et des designers, mais surtout Tink-it, à l’origine du tatouage en éditions limitées. Les planches numérotées de 10 x 15 cm se collectionnent ou se collent sur la peau, mais attention : pour quelques heures seulement… Si les premières propositions ne sont pas toutes concluantes, la collection French Connection, réalisée par 5 artistes contemporains français, est assez prometteuse, comme l’empreinte digitale–logo de Benjamin Sabatier. Une initiative qui flirte (dangereusement?) avec la mode et l’air du temps, mais a un atout majeur : celui d’offrir de nouveaux territoires de création aux artistes et une diffusion plus large. En espérant que les futurs sélectionnés ne perdront pas de vue le support de destination et proposeront une réflexion sur le corps, à l’image des tatouages-grains de beauté de John Cornu.

 

6/ La grande imposture : Aelita Andre

L’été ne serait pas ce qu’il est sans ses canulars et ses ragots de masses, sa télé réalité gentiment obscène et ses coups de projecteurs sur des anonymes élevés à une célébrité soudaine. L’imposture de 2012 version art ira sans conteste à la jeune peintre âgée de 5 ans, Aelita Andre, que les soit-disant experts américains essaient de faire passer pour la réincarnation de Jackson Pollock. Sa deuxième exposition à la galerie Agora de New York, qui vient de se terminer en juillet, a amené avec elle son lot d’articles exaltés criant aux prodiges. Il est vrai que la petite fille a un certain sens de la composition et des couleurs, mais qui a dit que l’enfance était dénuée de créativité ? Dommage qu’elle fasse les frais de marchands d’art prêts à tous pour une adjudication millionnaire ou de collectionneurs encore persuadés que l’artiste ne peut être qu’un homme touché par la grâce, au destin exceptionnel. A force de chercher des génies, on crée des monstres.

7/ La playmate 2012 : Ema, Nu dans l’escalier

Non, l’œuvre n’est pas de Marcel Duchamp mais de Gerhard Richter. Le peintre allemand en a repris le titre et le sujet : un nu descendant un escalier. Déconstruite chez Duchamp qui proclame par ce fait la mort de la peinture, la silhouette se féminise chez Richter. Elle prend les traits de sa femme, Ema ; sa nudité se drape de flou. L’œuvre est un acte de résistance – « Non, la peinture n’est pas morte ! » – et participe d’un processus d’effacement du réel dont la netteté est l’apanage. Mais au lieu d’en diffuser toute la singularité, Facebook range la toile dans les images « à caractère pornographique » et la censure après sa publication en juillet par le compte du Centre Pompidou. Le groupe regrette aujourd’hui son geste, mais cette suppression témoigne d’un puritanisme pour le moins hypocrite sur un web dominé par l’exhibitionnisme. En 1912, Le Nu descendant l’escalier de Duchamp avait fait scandale, car il remettait en cause la nature même de l’art ; celui de Richter est confondu avec la playmate du samedi soir. Drôle d’époque.

Par Céline Piettre
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