
Quelle Chine se propose donc de nous faire découvrir l'année de la Chine en France qui se tiendra d'octobre 2003 à juillet 2004 ? La question est légitime quand on sait à quel point la culture a souvent été en République Populaire de Chine l'instrument d'une idéologie politique. Ce premier volet de regards croisés entre la Chine et la France qui sera suivi, à l'automne 2004, d'une année de la France en Chine, n'échappe pas à la règle. Le ton fut donné dès la cérémonie d'ouverture, début octobre à Paris, en présence des représentants du pouvoir chinois. A cette occasion, notre ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin a fait référence à plusieurs écrivains d'origine chinoise installés en France mais a soigneusement omis de citer Gao Xingjiang, pourtant prix Nobel de littérature mais qui a le malheur de déplaire aux autorités chinoises. Autocensure donc, dictée par cette raison d'Etat qui a surplombé l'ensemble des préparatifs et qui fut à l'origine même de cet échange culturel dont le principe fut décidé en 2000 par les deux Etats en signe de réconciliation après la vente par la France d'un satellite à Taïwan. Vous l'aurez compris, les quelques 300 manifestations prévues sur l'ensemble du territoire dans le cadre de cette année de la Chine en France cherchent souvent à promouvoir une image officielle ou folklorique de la Chine. Fruits d'un compromis permanent, certaines initiatives font encore l'objet de rudes tractations avec les autorités chinoises. Ainsi, la liste des auteurs invités en mars au prochain Salon du livre, dont la Chine est l'hôte d'honneur, est toujours en négociation, Pékin exigeant même un droit de regard sur les écrivains taïwanais! Pour preuve encore, l'exposition «La Chine vue de près, l'art de vivre aux temps modernes» proposée au Palais de la Porte Dorée à Paris du 8 octobre au 17 novembre, véritable propagande vantant les mérites de la politique dite, dans la brochure, «de réforme et d'ouverture sur l'extérieur» du gouvernement chinois. Reste qu'en élaguant un peu dans la pléthore d'événements proposés jusqu'en juillet 2004, on ne manquera pas de trouver des initiatives diverses et de qualité mettant en lumière des artistes bien éloignés de la création officielle. Ainsi, les manifestations prévues à Paris dans le cadre du Festival d'Automne, qui ouvre cette année son programme à des artistes chinois d'avant-garde, s'annoncent prometteuses. A découvrir surtout la dramaturge multimédia Wen Hui dont la création qui mèle danse, théâtre, vidéo et musique se nourrit de tous les supports et de tous les genres. Elle présentera deux pièces au Théâtre de la Cité Internationale: Report of Giving Birth (du 3 au 8 novembre 2003) et Report on body (du 10 au 14 novembre 2003). Pour la suite, on vous tiendra au courant au fur et à mesure des bonnes surprises programmées dans le cadre de cette année chinoise.