Joana Vasconcelos à Versailles, une reine en son royaume

06/03/2012 - 14h44
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Le Château de Versailles a choisi sa nouvelle hôte de marque. A partir du 12 juin prochain, et après Jeff Koons, Xavier Veilhan, Takashi Murakami et Bernard Venet, c'est l'artiste portugaise Joana Vasconcelos qui exposera ses sculptures monumentales dans le palais du Roi-Soleil. Première femme de la série, cette virtuose du tricot et du détournement de la culture populaire nous promet une extravagance qui n'aura rien à envier à celle du lieu.

 

Terrain miné

 

Depuis 2008, l'institution propose tous les ans un dialogue entre l'ancien et le nouveau, entre les peintres et architectes de l'époque baroque (Charles Le Brun, Ange-Jacques Gabriel, Jules Hardouin-Mansart) et les stars de l'art actuel. Et depuis 2008 sans exception, que les artistes occupent les salons, les galeries ou le parc, chaque proposition fait l'objet de vives polémiques. En chef de file des protestations, l'association «Versailles mon amour!» déplore le mélange des genres. « On ne met pas une toile cirée sur une commode Louis XV, ni un piercing sur les lèvres de la Joconde», clame t-elle sur son site, tandis que le Président de l'établissement et ex-ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon s'oppose, encore et toujours, à l'idée d'un Versailles « plongé dans la naphtaline et refermé sur lui-même».

 

Accords et désaccords parfaits

 

A l'image des dorures versaillaises, Joana Vasconcelos ne fait pas dans la discrétion. Surdimensionnées, colorées, étincelantes, envahissantes, ses sculptures - chaussures à talons hauts ou cornets de glace, coeur rougeoyant ou créatures de tissus tentaculaires -, ont la dynamique émotionnelle et la surcharge décorative du baroque. La cour lui va comme un gant blanc. Qu'elle sculpte des dentelles de métal (la théière en fer forgé Miss Jasmine, 2010) ou emprisonne des animaux en faïence sous une peau en crochet, sa préciosité rappelle de loin en loin les tapisseries du Petit Trianon et les moulures de la Galerie des glaces.

 

Mais le travail de la jeune artiste (tout juste quarantenaire) propose en même temps qu'elle le double un excellent contrepoint symbolique au barrocco versaillais. Elle oppose ses matériaux pauvres (fourchettes ou jouets) à l'or et au marbre ; la broderie traditionnelle des femmes portugaises à la puissance phallique du Roi-Soleil ; la mélancolie du fado à l'absolutisme triomphant ; l'iconographie populaire (coeur de Vania et vierges de Fatima) aux scènes mythologiques. Dans une disharmonie paradoxalement accordée au lieu.

 

Et si l'on ne sait encore rien des oeuvres produites pour l'occasion, il ne serait pas étonnant de retrouver devant les grilles du château, à l'endroit même où Xavier Veilhan avait installé son carrosse pixellisé, une variante de War Games (2011). Cette voiture tunée à coup de mitraillettes en plastique, toutes pointées vers ses passagers représentés par des jouets, ferait une excellente entrée en matière critique à l'histoire des régimes autoritaires, aussi éclairés soient-ils.

 

Joana Vasconcelos, War Games, 2011. Morris Oxford Serie VI, mitraillettes à bouchon, jouets © Joana Vasconcelos. Exposition au Château de Versailles du 12 juin au 30 Septembre 2012.

 

Par Céline Piettre
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