
Après avoir confié les clés de ses collections à des écrivains tels que Toni Morrison ou Umberto Eco, le Louvre a cette fois-ci donné carte blanche au Prix Nobel de littérature 2008, jean-marie le clézio pour une exposition éclectique, pour ne pas dire fourre-tout, ayant pour postulat de départ cette phrase : « les musées sont des mondes ».
Le Musée internationale qu'est le Louvre, regroupant à lui seul des oeuvres des quatre coins du globe, ne pouvait trouver meilleur « piocheur » en la personne de Le Clézio, dont l'univers littéraire est influencé par le voyage, en particulier dans trois pays, l'Afrique, Haïti, le Mexique et un état, le Vanuatu. Fidèle à ses marottes géographiques, l'exposition rassemble des oeuvres de peintres haïtiens, mexicains, des statuettes et autres objets africains, renouant ainsi avec l'histoire même du Louvre qui abrita de nombreuses oeuvres ethnographiques jusqu'en 1879. Fidèle également à sa conception de l'art, l'accrochage abolit la frontière entre art majeur et art mineur, mêlant peinture populaire haïtienne ou mexicaine (Hector Hippolyte, Robert Saint-Brice ou Alfredo Vilchis Roque), masques traditionnels, véhicules tunnés par les low-riders mexicains, et art contemporain. « Le musée monde » est donc en totale adéquation avec les idées de son auteur et l'histoire du lieu et pourtant, elle ne convainc pas.

Certes, lorsque le Louvre accole à son nom celui d'un artiste ou d'un écrivain, il annonce avant tout une exposition/vision très personnelle de sa collection. Et c'est aussi là tout l'intérêt de ce décloisonnement. Il faut donc accepter qu'une exposition soit plus cohérente en regard de la propre oeuvre de son auteur que des oeuvres entre elles, qu'elle soit davantage centripète que centrifuge. Mais chez JMG Le Clézio, le lien avec l'oeuvre littéraire apparaît de manière trop littérale. Le Prix Nobel semble moins travailler son thème - sans doute trop large et fourre-tout - qu'illustrer son travail d'écriture. Des citations extraites de ses livres viennent, comme plaquées, justifier le choix de telle oeuvre ou tel objet. Un exemple parmi d'autres : dans une même vitrine sont installées côte à côte une Tête portrait féminin, Ifé, Nigéria, datant du XIVe-XVe siècle et une Tête d'Athéna casquée (470 avant JC). Le texte qui les accompagne ne dit pas autre chose que ce que nous voyons : « Au centre d'un petit royaume de l'ouest du Nigéria actuel, à Ifé, en pays yoruba, des fouilles récentes mirent au jour une série de masques, en terre cuite ou en bronze, qui témoignent d'un réalisme exceptionnel en Afrique. A tel point que l'archéologue allemand Leo Frobenius [...] pensa y voir la preuve tangible d'une présence grecque en Afrique de l'ouest ». En revanche, pas un mot sur les rares oeuvres d'art contemporain, comme celles de Bertrand Lavier ou Camille Henrot, si ce n'est cette idée rebattue « Ici l'on parle d'art, là on parle d'artisanat. Mais où est la frontière ? ».
Les amateurs de Le Clézio auront sans doute plus de clés pour apprécier l'exposition tous azimuts - présentée dans une petite pièce au dernier étage de l'aile Sully, pour un titre comme « Le musée monde », on s'attendait à plus de matières -, que les néophytes qui ne comprendront pas forcément le lien entre Le Serment des ancêtres de Guillon-Lethière, la révolution française, le vaudou, une descente de croix, une natte tressée et un vélo customisé.
Illustrations :J-M. G. Le Clézio par Christian CourrègesFrida Kahlo, Autoportrait, peinture sur verre © Adagp, Paris