Icônes arabes. Art chrétien du Levant L'art des Melkites des XVIIème et XVIIIème siècles

07/05/2008 - 14h58
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Icônes arabes. Art chrétien du Levant
L'Institut du monde arabe accueille actuellement une magnifique exposition d'art sacré intitulée « Icônes arabes. Art chrétien du Levant ». Parmi la centaine d'objets sacrés présentés témoignant de l'évolution de la foi des chrétiens du Proche-Orient au cours des siècles, on trouve essentiellement des icônes melkites des XVIIème et XVIIIème siècles.

Les Melkites sont les Chrétiens restés fidèles à l'empereur de Byzance - Malik signifie roi en arabe - après le premier schisme de la chrétienté à l'issue du concile de Chalcédoine en 451. Ils ont ainsi conservé la foi orthodoxe acceptant, contrairement aux autres chrétiens de la région, la double nature du Christ, divine et humaine. L'exposition présente aussi quelques objets liturgiques originaires de Syrie et du Liban, dont une croix de procession en fer datant du IVème siècle, ainsi qu'une sélection de manuscrits enluminés écrits en syriaque, en arabe et en arménien. Le plus remarquable de ces manuscrits est un livre du XIIIème siècle, La Légende de Barlaam et Joasaph. Il provient du monastère de Balamand au Liban et raconte la vie du Bouddha adaptée à la foi chrétienne à partir d'une version géorgienne traduite en grec puis en arabe. Une petit film montre d'ailleurs comment le Centre de Conservation du Livre d'Arles est en train de restaurer ce manuscrit (la restauration devrait durer un an). Outre l'aspect pédagogique, cette vidéo a également le mérite de diffuser dans l'ensemble de la salle une musique envoûtante - un extrait du chant de la divine liturgie - en parfaite harmonie avec les oeuvres présentées. L'icône est à la fois un objet d'art et un objet de culte. Elle est omniprésente dans la vie des Chrétiens du Levant. En effet, dans cette région, berceau du christianisme, les icônes décorent non seulement l'intérieur des églises mais aussi celui des particuliers. Pour Saint Jean Damascène, « ce que la Bible est aux gens instruits, l'icône l'est pour les analphabètes et ce que la parole est à l'ouie, l'icône l'est à la vue ». L'icône fait ainsi partie intégrante de la liturgie au même titre que le chant ou la prière. Si les icônes grecques et russes sont bien connues, les icônes des Chrétiens du Levant le sont beaucoup moins. Leur spécificité réside essentiellement dans leur grande variété. En effet, de par sa position géographique de carrefour, le Levant engendre un art, fruit d'influences diverses, grecque, byzantine, ottomane, sassanide et occidentale. Les oeuvres présentées mélangent ainsi les styles, les techniques - du coup de pinceau épais à la manière hellénique aux glacis superposés des Italiens - ou encore les thèmes. Parmi les sujets les plus souvent mis en scène, on trouve bien sûr le Christ et la Vierge mais aussi Saint Michel, Pierre et Paul, ou encore Elie massacrant les prêtres de Baal. L'influence de l'art islamique est très perceptible. Elle ne se fait sentir dans un premier temps que par la présence d'une inscription en arabe (mais on trouve également des inscriptions en grec, en syriaque, parfois en arménien et même en turc). Puis elle devient plus visible avec des motifs, des arabesques, ou des frises. On découvre ainsi Abraham vêtu d'un costume oriental ou encore un personnage coiffé d'un turban. L'exposition met en avant le rôle central de la ville d'Alep, cité cosmopolite du nord de la Syrie, dans le renouveau de l'art chrétien du Levant à partir du XVIème siècle. Cette ville a vu naître de véritables dynasties d'artistes comme celles des Moussawir. Le style de l'école d'Alep est marqué entre autre par des coloris chatoyants.Une lumière extraordinaire se dégage d'ailleurs de l'ensemble de l'exposition. L'omniprésence de l'or souvent rehaussé de touches de noir et de rouge vermillon y est sans nul doute pour beaucoup. Mais si ces couleurs sont prédominantes, elles ne sont pas les seules à avoir les faveurs des artistes. L'art chrétien du Levant est en effet marqué par un véritable foisonnement de couleur - du rose, du vert, du bleu, de l'orange - et en particulier un merveilleux rose garance. La fin de l'exposition est en revanche moins riche. Elle présente les écoles de Michel Polychrones et de Jérusalem qui se caractérisent par un style composite, des traits parfois enfantins et une influence russe. Le déclin de l'icône est alors déjà en marche et ce dès la fin du XVIIIème siècle. L'art des Chrétiens du Levant se caractérise donc par une diversité et une ouverture sur les autres cultures. Cette exposition montre de façon magistrale l'aptitude du Proche-Orient à la fusion des cultures. On sort ainsi de l'Institut du monde arabe avec des couleurs plein la tête...Icônes arabes. Art chrétien du LevantInstitut du monde arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohamed V, Paris 05. Tél. 01 40 51 38 38. Métro : Jussieu ou Cardinal Lemoine. Jusqu'au 17 août 2003. Du mardi au vendredi de 10h à 18h, les samedis, dimanches et jours fériés de 10h à 19h. Tarif : 6 euros, tarif réduit : 5 euros. [illustration : Saint Thelka Mikahil, Abbaye de Zabbougha, Liban]

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