
Il a été également rédacteur pendant une dizaine d'années dans les revues Popeye et Brutus dont les centres d'intérêt s'axent autour de l'art contemporain, l'architecture, le design et la vie urbaine à Tokyo. Auteur de monographies sur l'art des années 80 dans le monde publiées chez Art Random, Kyoichi Tsuzuki imprègne son travail de ce parcours. Vêtements, chaussures, maroquinerie, cosmétique, sont pendus, empilés, de véritables étalages de marchés dans de petits studios, fièrement exposés. Atmosphères acidulées ou austères. Les photos s'intitulent Anna Sui, Jean-Paul Gaultier, Vivienne Westwood ou Gucci. « Vous êtes ce que vous achetez » dit l'auteur. De jeunes citadins, fashions victims dont le mode de vie se concentre autour du look, se dévoilent à travers les photos et les textes de Kyoichi Tsuzuki. Le glamour associé à la photo de mode s'évapore, même si ce n'est pas sans rappeler le papier glacé des magazines, au profit d'une recherche documentaire sur ce qu'il appelle le « snobisme occidental ».Au-delà de la simple représentation, du simple constat, Kyoichi Tsuzuki investit « la joie et le confort d'un habitat de taille réduite », prend parti et met en scène. Ces intérieurs révèlent des territoires intimes, des univers personnels aux couleurs souvent éclatantes. Entraîné par les textes relatant brièvement l'histoire de chaque personne et sa marque fétiche, le spectateur entre dans les espaces et découvre des univers où Japon et Occident se confrontent, se rencontrent et s'entremêlent. Ainsi le sentiment d'étouffement né de l'accumulation dans ces espaces réduits s'atténue avec la délicatesse orientale émanant de ces mises en scènes. Si on peut y voir une métaphore du ventre maternel confortable et protecteur où se construit la vie, une insidieuse critique sociale s'y installe. Ces fashions victims, qui n'ont à priori pas les moyens de leur passion, sont prêtes à d'énormes sacrifices pour assouvir leurs obsessions. Tout comme le photographe, on est tour à tour fasciné, effrayé et même dépité par ces modes de vie atypique, à l'encontre des modèles sociaux qui revendiquent l'habitat spacieux et ordonné. Le diktat de la société de consommation n'épargne pas le secteur du luxe. Le travail de Kyoichi Tsuzuki hésite entre la collection et l'esclavagisme, notions qui parfois se rejoignent Kyoichi Tsuzuki dévoile un Japon souvent méconnu en Occident, oblige à briser les barrières et préjugés pour découvrir une société loin d'être figée, en pleine mutation. Il aime rappeler que, de plus en plus, les jeunes citadins japonais préfèrent un salaire moins élevé pour un travail qui leur plaît et un habitat plus petit pour satisfaire leur passion. Il s'emploie à les montrer d'un point de vue positif avec parfois un soupçon d'ironie.Si Happy victims, coproduction du Festival International des Arts de la Mode d'Hyères où cette série fut exposée en 2002 et de la Fondation Musée d'Art Moderne Grand-Duc Jean (Luxembourg), appartient à un projet plus vaste intitulé Universe For Rent (2001) sur l'habitat nippon, elle n'en garde pas moins sa force autonome. La vie citadine à Tokyo est un thème récurrent chez Kyoichi Tsuzuki, déjà visité avec Tokyo Style en 1993. Et actuellement, dans la continuité des « Love hotel », il s'intéresse au commerce du sexe et aux « Images club » de Tokyo. À la manière de Roadside Japan (1996) où il s'était attaché à montrer des attractions insolites au Japon, Roadside Europe (l'année prochaine) et Roadside America (2006-2007), devraient encore surprendre.Kyoichi Tsuzuki refuse l'étiquette « artiste » ; personnage atypique et inclassable, il explore la vie populaire où le bizarre et l'étrange deviennent fascinants, en porte-à-faux avec le monde de l'art et soucieux de la situation délicate des artistes au Japon où « il est presque impossible pour un artiste de vivre de son travail ». Il a créé un musée en ligne (l'Internet Museum of Art) où il présente des artistes japonais choisis au coup de coeur. Les recettes sont partagées entre l'hôte et les artistes. Le marché de l'art et les institutions culturelles se concentrent exclusivement sur l'art occidental et ne laissent aucune visibilité aux artistes nippons. Ce musée en ligne explore une voie pleine d'espoir dans ce contexte hostile. Happy Victims, You Are What You Buyjusqu'au 1er juin 2003Centre National de la PhotographieHôtel Salomon de Rothschild11 rue Berryer 75 008 Paris01 53 76 12 32