
C'est Rue89 qui nous l'apprend : une oeuvre de l'artiste chinoise Siu Lan Ko a été censurée par l'Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris. Elle devait faire partie de l'exposition Un week-end de sept jours, qui rassemble du 13 au 21 février des oeuvres d'étudiants du Royal College of Art de Londres et du Lasalle College of the Arts de Singapour, dont l'inauguration était prévue aujourd'hui.La raison de la censure : deux bannières de sept mètres de haut situés sur la façade des Beaux-Arts, côté Seine, avec quatre mots, « Travailler », « Gagner », « Plus », « Moins ». Une réflexion sur « le travail et la propagande », selon l'artiste, avec en passant une bonne part d'humour et d'ironie. Pas de quoi fouetter un chat.La direction de l'Ecole en a décidé autrement, qui a fait retirer les bannières quelques heures seulement après leur installation mercredi, l'artiste n'ayant été prévenue que le soir même, par la curatrice anglaise de l'exposition, Clare Carolin, et non pas par les responsables de l'Ecole. Cet acte d'auto-censure survient alors que l'exposition est planifiée depuis un an, et le catalogue imprimé. D'après Rue89, qui a interrogé l'Ecole, « la direction de l'école aurait jugé cette oeuvre trop dérangeante et aurait argué qu'elle avait choqué certains membres du personnel de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts et du ministère de l'Éducation. Le directeur aurait ajouté que la période était particulièrement sensible alors que l'école était en train de renouveler sa convention de financement avec les ministères »...Cette attitude d'Henry-Claude Cousseau, directeur des Beaux-Arts, est d'autant plus surprenante qu'on se souvient qu'il fut mis sur le banc des accusés, en tant qu'ancien directeur du Capc de Bordeaux, pour avoir présenté l'exposition Présumés innocents — l'affaire est toujours en cours. Peut-être cela l'a-t-il rendu frileux...Pour Siu Lan Ko, le jugement est sans appel : « Je trouve dur de découvrir que cette forme de censure brutale puisse se produire en France. Il n'y a même pas de place pour la discussion, tout se passe dans mon dos et celui de la commissaire. Encore plus dur que cela se produise dans la plus ancienne école d'art française, où l'on est supposé encourager l'expression la plus libre des artistes. Dur de croire encore que les enjeux économiques et politiques l'emportent sur toute autre préoccupation. Cela montre à mes yeux dans quel climat conservateur est tombée la France de Sarkozy, et à quel point celui-ci fait peur. Je demande que mon travail soit remis sur la façade et que l'école donne une explication officielle à cette censure et s'excuse. Je réfléchis aussi à une éventuelle action judiciaire ».
Photo via Rue89 © Siu Lan KoMàJ le 13/02/10 : Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui s'était gardé jusqu'à présent de tout commentaire sur l'affaire, a demandé aujourd'hui samedi 13 février que l'oeuvre de Siu Lan Ko soit réaccrochée sur la façade de l'Ecole des Beaux-Arts (sans que l'on sache s'il a pris cette décision de son propre chef, ou a reçu un ordre de l'Elysée). Un sérieux camouflet pour la direction de l'Ecole...
Par Magali Lesauvage Follow @MagLesauvage
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