François Morellet - Réinstallations L'art comme un jeu

06/04/2011 - 18h00
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François Morellet - Réinstallations
Pour François Morellet, « les oeuvres d'art sont des coins à pique-nique où l'on consomme ce qu'on apporte soi-même ». Adepte des jeux de mots comme des jeux visuels, l'artiste français, à 85 ans, bénéficie d'une rétrospective de ses installations au Centre Pompidou. Une expo maladroite, mais des oeuvres jouissives de beauté formelle et de malice conceptuelle.

465. C'est le nombre d'expositions personnelles qui ont été consacrées depuis 1950 à François Morellet, soit une moyenne de sept à huit par an en un peu plus de soixante ans de carrière. Beau score, même si la valeur d'un artiste ne tient pas au nombre de ses expos, mais qui va de pair avec l'importante influence que Morellet, tardivement, aura eu sur les jeunes artistes, autant en France qu'à l'étranger — notamment en Allemagne, où son travail est célébré depuis un demi-siècle. La popularité de l'artiste, qui inaugurait l'an passé une commande de vitraux pour le Louvre, n'a jamais été aussi grande, ce dont témoignent son succès auprès des collectionneurs et la présence inéluctable de ses oeuvres — peintures, sculptures, installations, dessins — dans les foires d'art. « Fils monstrueux de Mondrian et de Picabia »Le Centre Pompidou, vingt-cinq après une première rétrospective de l'artiste, a pris le parti, en complicité avec celui-ci, de présenter non pas une somme totale de son travail, tâche quasi impossible, mais de regrouper au dernier étage du musée, enchâssées dans des sortes de boxes en quinconce, les installations de François Morellet, oeuvres réalisées pour des lieux spécifiques, dont il a donc fallu reconstituer la configuration. Baptisée {Réinstallations}, l'exposition est donc une suite assez maladroite de cubes entre lesquels zigzague le visiteur, et où les oeuvres — hormis à la toute fin du parcours, pour la splendide Avalanche (1996) — sont privées de leur monumentalité, et s'expérimentent comme une série de jeux visuels rendus assez anecdotiques. Artiste connu pour sa malice et son entêtement à fuir toute prétention, François Morellet se dit « fils monstrueux de piet mondrian et de francis picabia », et conjugue en effet dans son oeuvre la rigueur mathématique de la peinture abstraite du Hollandais (dont l'exposition vient de s'achever au Centre Pompidou, dans un judicieux passage de relai) et les jeux de hasard des Dadaïstes. Fondateur avec quelques autres, au début des années 1960, du groupe GRAV (Groupe de Recherche d'Art Visuel), Morellet conjugue fascination de la modernité et esprit de farce, un peu comme le {Tati} de {Playtime}. Hasard et artificeArrivé sur la scène artistique au début des années 1950, au moment où l'expressionnisme abstrait fait sensation, l'artiste va prendre le parti inverse et tout faire pour « limiter (sa) sensibilité d'artiste » : vingt ans avant l'art minimal, Morellet se désintéresse de l'exécution et s'attache à « appliquer rigoureusement des systèmes simples », comme par exemple la Répartition aléatoire de 40.000 carrés suivant les chiffres pairs et impairs d'un annuaire de téléphone, 50% bleu 50% rouge, oeuvre de 1963 au titre-programme dont le résultat évoque une image pixelisée (terme qui n'existe pas encore). Avouant une « absence voulue de toute évocation de la nature » dans son oeuvre — bien que certaines soient titrées Falaise et mer, par exemple —, l'artiste souhaite être « en accord avec un monde ''dénaturé'' (…) régi seulement par le hasard et l'artifice ».Pourtant, nulle vision pessimiste de l'art et du monde dans ce précepte de François Morellet. Une grande poésie se dégage de ses oeuvres, notamment de la série {Géométrees} (débutée en 1983), superposition de branches émondées et de lignes, où se lit la tension entre nature accidentelle et perfection de la forme artificielle, ou de {Reflets dans l'eau déformés par le spectateur} (1964), trame de néons à l'aspect changeant. L'art est un jeu avec des règles, dont l'artiste est l'auteur. Pour apprécier ses oeuvres, il faut donc également en lire la notice : répartir de manière aléatoire des carrés noirs et blanc d'après les chiffres pairs et impairs du nombre π, basculer de 5° le contour d'une porte et superposer le tracé obtenu à celle-ci, disposer des quarts de cercle en néon selon la suite des chiffres du nombre π multipliés par 10, etc. A moins de se laisser conquérir par leur beauté toute cistercienne, à la fois austère et douce, et le semblant de « pagaille » dont François Morellet aime jouer. François Morellet. {Réinstallations}, au Centre Pompidou, Musée national d'Art moderne, Paris, du 2 mars au 4 juillet 2011. www.centrepompidou.frLégendes : . François Morellet, {L'Avalanche}, 1996, collection de l'artiste pour la présente version (première version conservée au Neues Museum de Nuremberg) © François Morellet © Adagp, Paris 2011. François Morellet, {2 trames de tirets de néon 0°-90°avec participation du spectateur}, 1971, collection de l'artiste, vue de l'installation au Casino – Forum d'art contemporain, Luxembourg, 2000 © François Morellet © Adagp, Paris 2011. François Morellet, {Reflets dans l'eau déformés par le spectateur}, 1964, Vitry-sur-Seine, MAC/VAL, Musée d'Art Contemporain du Val-de-Marne © François Morellet © Adagp, Paris 2011

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